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Xénophon chez Hermès

Créée à l’initiative de notre excellent confrère Xavier Libbrecht, la Bibliothèque Mondiale du Cheval n’est pas un simple outil informatique destiné à recenser la totalité des ouvrages consacrés au cheval, à son élevage, à son éducation, à son emploi « chez tous les peuples de la terre, depuis les temps les plus anciens jusqu’à nous jours », comme aurait dit l’illustre hippologue Ephrem Hoüel (1807-1885), auquel - soit dit en passant - les éditions du Rocher viennent de consacrer une excellente biographie (lire ci-contre) : elle se veut aussi un foyer d’animations pédagogiques et culturelles.


Une première exéprience a été menée le 4 décembre 2019, en coopération avec la maison Hermès, qui a accueilli une demi-journée de conférences consacrées à l’œuvre de celui qui passe pour être l’auteur du premier traité d’équitation de l’histoire, Xénophon (428-355 avant J.-C.).


Le maître de cérémonie de cette réunion de haut niveau, à laquelle sont venus assister tout ce que le monde du cheval compte d’amateurs de culture, de littérature et d’équitation, n’était autre - cela s’imposait en effet - que Alexandre Blaineau, spécialiste du maître athénien, et auteur d’un ouvrage de référence sur le sujet, paru en 2011 aux éditions Actes Sud (collection « Arts équestres »), regroupant et commentant « L’intégrale de l’œuvre équestre » de Xénophon.


Les organisateurs avaient demandé à notre ami Jean-Louis Gouraud de conclure la série de communications savantes par quelques mots destinés à élargir le propos et ouvrir de nouvelles perspectives. En voici le texte.


Antoine de Morges





Les plus anciens traités d’équitation du monde


On entend souvent dire que les deux ouvrages de Xénophon, « De l’art équestre » et « Le Commandant de cavalerie », constituent « les plus anciens traités d’équitation de l’histoire ».


Xénophon aurait sans doute protesté contre cette assertion, signalant lui-même qu’un certain Simon d’Athènes en avait rédigé un avant lui, dont on n’a malheureusement jamais retrouvé la trace.


En tant qu’éditeur de deux ou trois autres « plus anciens traités d’équitation de l’histoire », je proteste également.


J’ai dû fournir beaucoup d’efforts, en effet, pour publier dans une version accessible un traité de dix siècles antérieur à celui de Xénophon, rédigé donc quinze siècles avant notre ère, c’est-à-dire voici plus de trente-cinq siècles !


Certes, il ne s’agit pas d’une œuvre aussi élaborée, aussi « écrite » que les traités de Xénophon. Gravé en caractères cunéiformes sur des tablettes d’argile, ce qui, en effet, ne devait pas faciliter les grandes envolées littéraires, on a plutôt affaire à une sorte de mode d’emploi, ou plutôt de programme d’entraînement des chevaux de guerre.


Il a pour auteur un certain Kikkuli, maître écuyer mitannien venu enseigner sa technique chez les Hittites : la langue qu’il utilise, en tout cas, n’est pas le mitannien, mais le hittite. (1)


Les chevaux qu’il entraîne sont des chevaux d’attelage. Sa méthode devait avoir une certaine efficacité : deux ou trois siècles après, en 1294 avant notre ère exactement, les chars hittites firent vaciller le grand Ramsès II, dont la charrerie était pourtant réputée, au cours de la célèbre bataille de Qadesh.


Je suis fier d’avoir édité un autre ouvrage qui passe, lui aussi, pour être « le plus ancien traité d’équitation ». Ce qui est d’ailleurs la réalité, si l’on précise : « de l’Europe chrétienne ».


Il s’agit d’un ouvrage dans lequel le roi du Portugal, dom Duarte, deux siècles avant Antoine de Pluvinel, trois siècles avant François Robichon de La Guérinière, établit les bases de ce qui deviendra l’équitation classique.


Rédigé dans les années 1430, dans une langue que même les Portugais d’aujourd’hui ont du mal à déchiffrer, il distingue différentes formes d’équitation, raison pour laquelle le titre est au pluriel : « Traité des équitations » (2).


On y trouve naturellement toutes sortes de conseils pour employer au mieux les chevaux. Comme cela ne se passe pas toujours bien, l’auteur n’hésite pas à aborder aussi, dans un chapitre particulier, l’art de tomber de cheval. Mais sa principale originalité est d’accorder à l’équitation une dimension mystique, nécessitant donc une formation non seulement sportive, mais spirituelle.


Cet ouvrage, malgré son ancienneté, est, par certains aspects, terriblement moderne, annonçant l’approche dite éthologique à la mode aujourd’hui.


Ce que me rappelle surtout le texte de dom Duarte, ce mélange de technique et de croyances, ce sont les « plus anciens traités d’équitation »... du monde arabo-musulman.


Ils consistent en général en une accumulation de conseils, de recettes et de religion, c’est-à-dire l’ensemble des connaissances à la fois équestres, vétérinaires (ou hippiatriques) de l’époque, agrémentées de référence à Allah. Les Arabes désignent cet ensemble sous le terme intraduisible de « furusiya ».


Deux de ces traités de furusiya nous sont connus pour avoir été traduits en français, mais produits tous deux au XIVe siècle de notre ère, c’est-à-dire un bon siècle avant celui du roi du Portugal. Il y a l’œuvre de Aly ben Abderrahman ben Hodeil el Andalusy, écrite à la demande du sultan de Grenade, traduite dans les années 1912-1923 par Louis Mercier et publié en 1924 sous le titre « La parure des cavaliers et l’insigne des preux ». Et le fameux « Naceri », rédigé en l’an 1333 par Abou Bakr ibn Badr, à la demande du sultan mamelouk el Nacer (= le victorieux), traduit par le Dr Perron dans les années 1860.


Je ne dirai rien - parce que je n’en sais pas grand-chose - des Chinois, des Moghols, des Perses, mais il est certain qu’ils ont eu, eux aussi, leurs « plus anciens traités de l’histoire » : voilà d’excellents sujets sur lesquels pourraient travailler nos étudiants en Langues Orientales, et sur lesquels les animateurs de la Bibliothèque Mondiale du Cheval pourraient organiser de nouvelles journées d’études !





(1) : publié en 1998 aux éditions Favre (collection « caracole »), sous le titre « L’art de soigner et d’entraîner les chevaux ».


(2) : publié en 2016 aux éditions Actes Sud (collection « Arts équestres »), sous le titre « Le traité des équitations, livre qui enseigne à bien pratiquer toute équitation ».





Ephrem Houël 





Si les courses au trot françaises sont, malgré la crise qu’elles traversent actuellement, les meilleures et les plus riches au monde, elles le doivent en grande partie à un homme : Ephrem Houël.


Officier des Haras nationaux, homme de cheval accompli, littérateur de talent, il fut le premier à songer, puis à permettre la création de la race du Trotteur français, qui devait faire la fortune de notre pays.


C’est l’histoire de cet homme hors du commun, qui a passé toute sa vie à servir la cause équestre et les premiers balbutiements du trot que nous conte l’auteur dans un style très vivant.


Un ouvrage passionnant et bien documenté, pour les amoureux d’histoire et de sport hippique.


214 pages. 16 €

19/12/2019

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