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L’élevage de la Farjonniere : entre tradition et modernité

  • Yves au milieu de ses chevaux
    Yves au milieu de ses chevaux
  • Velina de Farjonnière dernièrement à Bordeaux  avec l’Irlandais Mark McCauley (©ER)
    Velina de Farjonnière dernièrement à Bordeaux avec l’Irlandais Mark McCauley (©ER)
Depuis presque 30 ans que Yves Faussurier élève des chevaux de sport dans l’Ain, à Rancé, il a assisté aux transformations qui ont affecté en profondeur le métier d’éleveur, et a su s’y adapter en ne cessant jamais de rechercher avant tout la qualité. Des efforts qui ont été récompensés au cours des années par de nombreux titres. Récemment, une jument de son élevage, Vélina Farjonnière (Toulon/Mr Blue) commençait à briller sous la selle de Mark Mc Cauley avant l’interruption des compétitions.

Double actif pendant la plus grande partie de sa carrière, Yves a mené de front son métier d’ingénieur cadre commercial dans le domaine des composants électroniques, avec de nombreux déplacements à Paris et la gestion de son élevage, installé d’abord à Quincieux, puis à Rancé où il a peu à peu amélioré ses installations.  Retraité, il a cédé les rênes à son fils Benoît, tout en demeurant le responsable de l’élevage et des compétitions. Aujourd’hui, il dispose d’écuries spacieuses, de deux carrières et d’une cavalière maison, Romane Convert. 

Indy de Billy

De ses débuts à Quincieux, au lieu dit Billy, date l’arrivée de Indy de Billy, une belle jument, de souche normande, qui est devenue le point de départ de son élevage en transmettant un courant de sang intéressant pour la vélocité et la réactivité. Indy a été croisée avec Stew Boy des HN de Cluny (Jalisco/Uriel) monté à l’époque par Thierry Pomel. C’était déjà une preuve de qualité car toutes les poulinières n’y avaient pas accès. « Quand vous avez un chef de race dans un étalon, même si lui n’est pas le champion du monde, vous avez toujours la chance d’obtenir un bon produit ». C’est cette conviction qui a toujours guidé ses choix de croisement. « A l’époque, on raisonnait plutôt français, maintenant on pense européen, voire mondial. Donc aujourd’hui je choisis plus des chefs de race internationaux » A côté donc de Diamant de Sémilly, il utilise Casall, Toulon, Kannan, Quite Easy, Sandro Boy, Andiamo Z, Cassini, Calvaro, Mylord Carthago, Emerald, Cooper VD Heffick.  Il envisage d’avoir recours l’an prochain à Cornet Obolensky pour une pouliche Casall/Diamant. Par la suite, il a acheté d’autres poulinières, en Normandie ou en Belgique, sur la foi de leur génétique et de leurs performances. Il garde également une lignée de Selle Français Originel issue du croisement de Indy avec Andiamo de Semilly.

« Je ne travaille pas encore sous forme d’ICSI ou transfert d’embryon, car je trouve que pour un éleveur cela reste très coûteux, avec un risque important pour le retour sur investissement. » En revanche, il met à la reproduction de très jeunes pouliches qu’il présente à la saillie à 2 ans. Elles poulinent à 3 ans et partent ensuite directement en compétition, cycles classiques 4, 5, 6 ans, et plus si elles en ont la qualité. Les générations sont ainsi raccourcies, ce qui lui permet d’avoir des origines intéressantes et toujours en accord avec l’actualité.  Cette année par exemple, il a une jolie pouliche par Diamant de Sémilly, avec une mère par Chellano Z, grand père Baloubet du Rouet, et derrière Muguet du Manoir.

Velina de Farjonnière pour le grand sport

C’est ainsi qu’est née Vélina de Farjonnière : sa grand-mère, fille de Indy et Stew Boy a été présentée à Mr Blue, et a donné une pouliche, elle-même croisée avec Toulon. Vélina est restée dans la famille, malgré les propositions par exemple de Hubert Bourdy à ses 4 ans. Elle a franchi avec aisance toutes les étapes, montée d’abord par le cavalier maison de l’époque, Brice Marcel, qui en est tombé amoureux et en a acquis une partie. François-Eric Fedry lui a fait faire l’année des 5 ans et l’a emmenée à Fontainebleau, puis elle est repassée sous la selle de Brice Marcel pour les 6 et 7 ans, ce qui leur a permis de faire ensemble le Championnat de France des 7 ans, une grande première pour toute l’équipe. Il était temps de la confier à un professionnel car ses capacités dépassaient à l’évidence les possibilités offertes par une structure essentiellement dédiée à l’élevage. C’est Loïc Michelon qui lui a fait franchir une étape supplémentaire en la présentant au Grand National et sur des épreuves jusqu’à 160. A la fin de son contrat de deux ans, la question s’est posée de la confier à un très bon cavalier, dans des conditions profitables pour tous car une vente n’était pas spécialement envisagée. Par ailleurs, l’équitation « à l’irlandaise », la patience et le respect des chevaux, de Mark Mc Cauley qui est en plus un presque voisin avec un environnement de qualité semblait devoir convenir à Vélina, une guerrière, volontaire, qui demande à être montée en avançant. Yves Faussurier regrette un peu cependant de ne pas avoir pu la confier à un des excellents cavaliers locaux « peut-être faudrait-il réfléchir à des accords entre cavaliers et éleveurs, afin que chacun s’y retrouve ».

Vélina est devenue à la fois une vitrine pour l’élevage de la Farjonnière, et un sésame qui permet à Yves Faussurier d’avoir accès au très haut niveau, de voir ce qui se fait, d’échanger, d’évaluer les attentes. « Aujourd’hui pour un éleveur, il n’y a rien de plus beau que de voir un de ses produits nés à la maison accéder à un CSI 5 étoiles. C’est une vraie consécration. » 

Investi dans le syndicat des éleveurs

Maintenant qu’il dispose un peu plus de son temps, éleveur reconnu par ses pairs, qui reconnaissent son expertise et lui demandent parfois d’apporter son aide à des concours de modèle et allures, il ne s’interdit pas de s’intéresser de plus près au rôle de juge pour lequel il aurait une réelle compétence. 

Enfin, depuis 2 ans, il s’investit au sein du bureau du Syndicat des Eleveurs. « Le métier change. Cela devient de  plus en plus compliqué pour les éleveurs « traditionnels ». La vente à la paillette, sans aucune garantie, fausse le jeu. Plus rien n’est fait pour que l’éleveur puisse exercer son métier dans des conditions acceptables. En 30 ans, le coût de production d’un poulain a été multiplié par 10. On allait aux Haras Nationaux, sans frais techniques, sans pension. On est passé en gros de 100 à 1 000 €. En même temps, un bon 3 ans qui se vendait autour de 8 000 € vaudra aujourd’hui entre 8 et 10 000 €, avec une TVA qui est passée à 20. Avec en plus le développement de la vente à la paillette, des transferts d’embryon, de l’ICSI qui engendrent des frais considérables, on accroît encore cette disproportion. » La question qui se pose de façon de plus en plus pressante est : « comment valoriser un cheval d’élevage avec du potentiel dans des conditions raisonnables pour l’éleveur ? »

Véronique Robin

14/05/2020

Actualités régionales