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Nicolas Andréani : passion voltigeur


12/09/2019
    
Comme chaque année, Nicolas Andréani, le voltigeur dont on ne présente plus le palmarès, vient animer un stage auprès des jeunes équipes de La Caracole à Arbusigny (74). L’occasion pour nous de le rencontrer et de le laisser nous présenter sa nouvelle vie de coach, metteur en scène et préparateur physique.


Le Cheval : Comment en arrive-t-on à la voltige, alors que cette discipline est encore peu connue dans le monde de l’équitation ? 


Nicola Andreani : Cela va même plus loin que ça, puisqu’il n’y avait aucun lien avec le cheval dans ma famille. Mais quand j’y réfléchis bien, deux des ingrédients principaux étaient déjà réunis : la dimension sportive avec mon père prof de gym, entraîneur à haut niveau et l’aspect artistique grâce à ma mère prof de musique.


La voltige est entrée dans ma vie un peu par hasard, lorsque des élèves voltigeurs ont pris des cours de piano avec ma mère. Ça m’a intrigué, et très vite, j’ai intégré l’équipe de l’école de voltige de Meaux comme « flyer ». Le flyer est le « petit » que l’on porte est à qui on fait faire quelques figures aériennes. Pour moi, c’était plutôt facile car physiquement et musculairement j’étais déjà prêt grâce à la gym. 


Ensuite, tout s’est enchaîné très vite : le Sport-Études de la 6e à la Terminale, l’INSEP à Vincennes (où était le Pôle France Voltige à l’époque), et les diverses sélections en équipe de France.


Pour moi, la grande chance est d’avoir été suivi par mes parents, notamment mon père qui m’a soutenu et accompagné physiquement et mentalement. Mais aussi d’avoir pu m’entourer d’un staff performant, de la structure dynamique qu’est le centre équestre de Meaux et de Marina. Marina Joosten Dupon m’a suivi tout au long de ma carrière, de mes 6 ans à mes 30 ans, autant vous dire que c’était comme une deuxième maman !


LC : Tu as parlé de deux prérequis qui t’ont aidé à te tourner vers la voltige. Peux-tu évoquer, selon toi, les qualités attendues chez le cheval, le longeur et le voltigeur ? 


N. A. : Dire que cheval/longeur/voltigeur doivent constituer un trio qui se connaît par cœur et qui fonctionne au millimètre près paraît une évidence…mais il est bon de le rappeler.


Le cheval doit être grand et avoir des foulées amples et bien « palpables » pour le voltigeur, avec un galop cadencé et souple. Il doit être serein, calme et surtout équilibré tant au niveau mental que physique pour pouvoir compenser les figures du voltigeur. 


Le longeur est un peu le chef d’orchestre de ce trio. Il fait en sorte que le cheval soit régulier dans ses foulées et sur son cercle, il régule aussi sa stabilité en fonction des figues avec la plus grande finesse et discrétion possible. Et pour cela, il doit connaître le programme par cœur pour savoir anticiper si besoin. À l’entraînement, il donne des conseils et des indications. Je dis toujours que si on a l’impression qu’il ne fait rien, c’est qu’il maîtrise parfaitement tout ! 


Quant au voltigeur, une bonne condition physique est évidente, avec une ceinture abdominale parfaitement gainée, des triceps développés et une certaine souplesse. À cela peut s’ajouter le sens artistique.


LC : Quels sont les avantages de ce sport, ou de cette discipline si l’on reste dans le domaine strictement équestre ? 


N.A. : C’est un sport complet puisqu’on mêle le physique et l’artistique, on a ainsi une palette variée de moyens d’expression.


C’est une discipline basée sur le ressenti. J’aimerais que les centres équestres utilisent la voltige comme un moyen d’avoir conscience du cheval, surtout pour les débutants. En Allemagne, on commence par quelques heures de « voltige ». Le jeune cavalier n’a rien d’autre à faire que ressentir la foulée, le mécanisme et les allures de son cheval. Cela le libère du stress d’être sur un animal imprévisible, et en plus ça aide le cavalier à trouver sa place en selle ce qui est primordial, à mon avis. C’est toujours mieux que de se taper les fesses pendant des mois car on ne trouve pas le rythme et de démonter la bouche du poney par peur. On devrait commencer par ça : la recherche du sensoriel. Dommage que les formateurs n’y aient pas recours. 


La voltige est aussi l’une des seules disciplines équestres où l’on pense à s’échauffer…ce qui me laisse toujours perplexe car l’équitation est pourtant un sport, non ? On échauffe le cheval, mais le cavalier, lui, ne s’échauffe pas. Les performances seraient bien meilleures avec un corps préparé, surtout que ça ne tient à rien : quelques mouvements d’épaules, de genoux ou de chevilles, quelques rotations. Bref, ce sont quelques minutes qui pourraient changer la façon d’appréhender le cours en club. Car une chute « à froid » sera toujours plus grave que sur un corps chaud. D’autant que l’équitation peut se pratiquer longtemps dans une vie…encore faut-il entretenir son corps. 


LC : Tu viens régulièrement aux Écuries La Caracole à Arbusigny (74) en tant que coach et metteur en scène. Peux-tu nous en dire plus ? 


N.A. : La Caracole est une école de voltige basée en Haute-Savoie, j’y viens au moins 3 fois par an depuis 7 ans, notamment pour un stage de 6 jours chaque été. C’est un moment que j’attends avec impatience. Suivre les équipes sur la durée est très intéressant. Les jeunes qui travaillent avec moi depuis 7 ans, transmettent aux plus petits et aux nouveaux, et la boucle est bouclée. Maintenant, ils me connaissent bien. 


La Caracole est le seul club avec lequel je peux construire un spectacle dans son intégralité, notamment en tant que metteur en scène, et chacun a son mot à dire ! L’hiver on construit le spectacle, au printemps on l’expérimente et pendant ce stage on le peaufine. Le club prépare des spectacles pour Equita ou Avignon par exemple. Céline Garin Laurel, longeuse, est ouverte à tous les univers, j’adore ça car on peut tout imaginer. Cette année, on tente quelque chose avec deux chevaux côte à côte.


Ce qui me plaît aussi, c’est qu’ici, on ne s’attache pas qu’à la technique. Chacun sait faire des choses, on part de ça en l’optimisant et en ajoutant l’aspect expressivité artistique, c’est vraiment l’âme de La Caracole. Le voltigeur doit capter le public et lui raconter une histoire, lui donner des frissons. La voltige devient de plus en plus artistique et à La Caracole, on a vraiment compris ça. 


Le plaisir est une vraie valeur ici. Prendre du plaisir dans son sport, avec son équipe est primordial selon moi. Si on se fait plaisir, on en donne aux autres, notamment au public. Cette équipe l’a très bien compris. Il ne faut pas se satisfaire de la seule performance, mais apprécier tout ce qu’il y a autour. La victoire n’arrive pas tous les jours, et puis on est 3 dans cette histoire, donc chacun a le droit de ne pas être au top un jour. J’apprends à ces jeunes que la passion est un moteur, qu’il ne faut rien regretter, même un résultat que l’on trouve moyen. Je leur dis toujours que le « show must go on » car rien n’est jamais fini, même si un passage ne s’est pas déroulé comme on voulait. Il faut aussi savoir gérer les aléas de ce sport. C’est une phrase qu’ils peuvent même répercuter dans leur vie, hors voltige. 


LC : Tu as mis un terme à ta carrière en compétition, que fais-tu maintenant ?


N.A. : Après un titre de champion du monde en 2012 et vice-champion en 2014, champion d’Europe en 2009, 3 Coupes du Monde en 2013, 2014 et 2015, divers titres de champion de France, je suis aujourd’hui coach, metteur en scène et préparateur physique. Des clubs du monde entier m’invitent à transmettre ma pratique et mon expérience. Même si 90 % de mon activité reste dans la voltige, j’ai par exemple travaillé avec Astier Nicolas, cavalier de complet, pour sa préparation physique. Aujourd’hui, je continue par passion ! 


A. Planat




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Journal Le Cheval n°319 du 4 Octobre 2019


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