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Elevage de Fondcombe, ou la recherche de l’excellence

  • Philippe et Pascale Prévost : c’est Fondcombe pour les chevaux, Kamakle pour les bovins
    Philippe et Pascale Prévost : c’est Fondcombe pour les chevaux, Kamakle pour les bovins
Le dicton populaire qui dit « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » ne s’applique pas à Philippe Prévost. Pour lui c’est plutôt « deux tiens valent mieux que un tu l’auras ». Quand on le rencontre, qu’on prend le temps de l’écouter (avec gourmandise) parler de sa vie, de ses rêves, de ses objectifs, on ne retient qu’un seul qualificatif : l’excellence, toujours l’excellence. Et son parcours en atteste, lui qui est venu tard à la vie d’éleveur (à l’âge où l’on pense à sa retraite) et a acquis deux des plus beaux affixes de France : Fondcombe pour les chevaux et Kamakle pour les bovins.

Mais revenons en arrière dans les années 50 et 60, quand Philippe, qui n’est pas issu d’une famille équine (son grand-père était bien lad à Chantilly mais sans influencer la future passion de son petit-fils), passe son enfance à Chantilly justement. Jusqu’au jour où des amis de ses parents (la famille Poullioux) possédant des chevaux, le laissent les monter, puis les sortir et enfin faire des tournées de concours complet en région parisienne tous les étés. 

C’est là que sa passion pour ces animaux va naître. Nous sommes à une époque où on se soucie peu des assurances, où les jeunes se construisent d’eux mêmes, vaille que vaille, pour peu qu’on leur fasse confiance. Et donc toutes les vacances scolaires, Philippe saute d’un cheval à l’autre, d’un concours à l’autre et se forge une belle expérience sans se douter où tout cela allait l’amener.   

En parallèle, comme il est un brillant élève il intègre l’école vétérinaire où il rencontre son épouse Pascale.  Le temps de la monte et des folles cavalcades est mis en pause. Diplôme en poche, il préfère faire carrière dans la recherche et rejoint Rhône Merieux à Lyon. Il fonde une famille dans la cité des Gaules : 3 enfants avec Pascale, qui, elle, exerce comme vétérinaire. 

Ce sont les enfants qui le ramènent au cheval dans les années 80. En club d’abord où il occupe ses week-ends avec de longues balades dans les bois avec femme et enfants. Les enfants grandissent et l’envie d’avoir son cheval à soi le titille. Aussi en 2001, Philippe achète sa première jument, Neige d’Orion à la famille Layec dans le Loiret. Car cette souche lui plaisait beaucoup. Pourtant ce n’était pas cette jument qu’il voulait, sa préférence allant à une fille de Bahia d’Orion par Calvaro qui n’était alors pas à vendre. Mais l’homme est tenace et finalement, après avoir gagné la confiance des Layec, il pourra la leur acheter et une de ses petites-filles, Rafale d’Orion du même étalon. Quiria (ISO160) fera une brillante carrière avec Julien Gonin en GP 4 et 5* et lui donnera la grande Boréale de Fondcombe (ISO163) par Tinka’s Boy, qui fera carrière internationale sous la selle de Marie Pellegrin et notamment l’équipe de France. De Boréale est née Gabriac de Fondcombe (par Vigo d’Arsouilles) qui sera achetée à Fences par Mark Mccauley et Elfiria de Fondcombe (Con Air), classée en 145.

Toujours dans sa vision de « deux tiens valent mieux que un tu l’auras », notre ami qui est parti à fond dans l’élevage de chevaux, mais par procuration puisqu’il n’est pas encore chez lui, est persuadé que pour réussir il lui faut deux bonnes souches. Il ne s’est pas trompé avec la première donc il cherche encore mieux. Et c’est vers la famille Le Boulanger qu’il se tourne. On ne présente plus cet élevage (affixe Brekka) qui est un des tout meilleurs de France. Il lui faut tout ce qui se fait de mieux, aussi il leur achète Gazelle de Brekka par Paladin des Ifs, pleine de Balou du Rouet. L’histoire est belle car le poulain qui naît est une pouliche et c’est Saura de Fondcombe. Jument qui commencera sa carrière avec Julien Gonin avant d’être vendue à la cavalière Nadja Steiner. Le couple intègrera l’équipe suisse avec à la clef une médaille de bronze par équipe à Göteborg. 

De cette branche est issue sa nièce, Daenerys de Fondcombe, championne de France des 2 ans à Fontainebleau et Faylinn de Fondcombe (gagnante en CSI*** 145) vendue début 2023 à Inès Joly, jeune et brillante cavalière issue de la Loire. 

Deux souches, et tout de suite le haut niveau, pas de doute Philippe a l’œil et ces succès ont déjà fait de l’affixe Fondcombe un label de qualité.

A 50 ans, l’envie de vivre de sa passion le titille. Pourquoi ne pas franchir le cap de l’élevage de A à Z ? A cœur vaillant rien d’impossible et en 2010, avec l’aide de la Safer il devient le propriétaire d’une ferme à Foissiat dans l’Ain, spécialisée dans la vache Charolaise. De toute façon il veut pérenniser sa ferme avec des bovins car il sait que l’élevage de chevaux, financièrement c’est aléatoire. Et notre dicton revient à la surface, il veut une deuxième race. Les Charolaises sont là, pour lui le meilleur de la viande française. Quoique… Depuis un voyage au Japon, il a en tête de produire en France de la viande de Wagyu, qui est à la viande ce qu’est la truffe aux champignons. C’est compliqué car pour acquérir des mères il faut passer par l’achat d’embryons et les implanter sur des porteuses. Il faut donc attendre quelques années avant de produire et Philippe est à un âge où normalement on lève le pied. Pas lui, il fonce. Les porteuses il les a avec ses Charolaises… 

Ainsi cette aventure parallèle, un peu folle, va devenir la success-story que l’on connaît. Les chevaux sous l’affixe Fondcombe continuent de briller dans tous les concours de CSO et d’élevage, et la viande charolaise et wagyu est vendue sous le nom Kamakle en direct sur internet, sans intermédiaire. L’excellence à tous les étages…                     

On le sait, dans l’élevage équin et bovin, la qualité ne vient pas uniquement des races et des origines, bien que ce soit essentiel, il faut aussi des conditions de vie adaptées. Et à Foissiat, ses animaux ont 100 ha de terre pour se développer dans les meilleures conditions. Et comme chez les Normands, les poulinières et les vaches suitées sont en liberté dans les mêmes prés. Tout est optimisé. Aujourd’hui notre « plus que soixantenaire » a encore plein de projets dans la tête et continue de faire des croisements réfléchis et judicieux avec toutes ses bonnes souches maison. 

Pour le sport, il confie ses chevaux au prometteur Romain Dreyfus après les avoir confiés pendant une petite dizaine d’années à Julien Gonin. 

On le voit, une vie trépidante et active pour notre éleveur hors normes, qu’il partage entre ses prés, son commerce de viande, les concours de jeunes chevaux et de CSO internationaux quand le temps le lui permet. 

Lors de nos rencontres, j’ai eu un ressenti qu’il ne voudra pas avouer je pense. Un rêve auquel il ne veut pas trop penser et surtout pas en parler : la relève ne viendra pas, c’est sûr, de ses enfants mais peut-être de …

Sa petite-fille Maylis, qui vit à la ferme avec ses grands-parents, a l’air de se passionner de chevaux. Charmante adolescente au grand sourire, actuellement elle monte en club avec un Fondcombe. Philippe se retrouve de nouveau sur les concours avec les frémissements que seuls les initiés connaissent : un membre de la famille sur un cheval de l’élevage et en plus il s’agit de sa petite-fille. Mais non il ne faut pas rêver, on ne doit pas, les études d’abord…. Mais après, qui sait ? 

Son regard peut continuer de scruter l’horizon; après tout c’est ça la vie d’un homme d’action : des projets, toujours des projets et aussi de l’espoir.

Pierre Cogne

22/12/2023

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