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Rapprochement SHF-FFE : le point de vue d’Yvon Chauvin


04/10/2018
    
Président de la SHF, Yvon Chauvin a bien évidemment réagi au « projet pour demain » de Serge Lecomte (voir nos précédentes éditions). Nous lui avons posé les mêmes questions qu’à Serge Lecomte. Si les points de vue divergent sur certains thèmes, la volonté de travailler ensemble dans le respect des missions de chacun est nettement affirmée.


Comment voyez-vous ce rapprochement SHF-FFE ?


« Avant de répondre à cette question, il me semble essentiel de rappeler le rôle et les missions de la SHF et de la FFE.


SHF : Elle est société mère des chevaux et poneys de sport : Représente et rassemble en son sein l’ensemble : l’élevage du cheval et poneys de sport en France. Elle développe des circuits d’élevage et de valorisation. Elle est constituée des Associations Nationales de Races, des Associations Régionales d’éleveurs, des éleveurs, propriétaires et cavaliers de jeunes chevaux et représentants des marchands de chevaux. Elle regroupe 10 000 adhérents. 


Sa mission principale est centrée sur le cheval, l’amélioration des races, la formation et la sélection. Le circuit SHF est l’outil mis à disposition du monde de l’élevage pour former, valoriser et commercialiser les jeunes chevaux tout en les préservant.


La SHF a comme ressource ses engagements sur son circuit ainsi que les encouragements versés à l’élevage par le ministère de l’agriculture 1 400 000 € et le Fonds Eperon 3 400 000 € ceci regroupant toutes les aides élevage- valorisation qu’elle redistribue intégralement. Elle apporte des services à ses adhérents pour aider à la commercialisation par SHF vidéo et SHF Market.


Contrairement au secteur des chevaux de courses (pur sang, trotteur) la particularité de ce cycle de formation et de transformation est sa très longue durée. La formation du cheval de sport commence à 3 ans, elle va jusqu’à 6 voire 7 ans avant sa mise en marché pour des cavaliers professionnels et amateur. Cette commercialisation est le seul débouché et espoir de plus value pour les éleveurs. La mondialisation du commerce des chevaux, l’arrivée d’internet et les nouvelles exigences des consommateurs ont rendu ce marché plus international et encore plus concurrentiel.


La SHF est rattachée à son ministère de tutelle l’agriculture qui prépare l’ensemble des textes qui la régissent. Son activité est purement agricole par la transformation d’une production agricole adaptée aux attentes du secteur sport et loisir.


Elle est l’amont de la filière sport.


FFE : Fédération sportive étant chargée du développement d’un sport : l’équitation. A ce titre elle représente l’aval de la filière, elle s’occupe des cavaliers, enseignants, des règles des compétitions équestres, la délivrance des diplômes et des licences, et du haut niveau. La FFE encadre des compétitions équestres principalement de loisir- sportif. Elle en tire ses propres revenus, dont une partie significative provient du prélèvement sur engagement sur les compétitions complétant les quelques 650 000 licences dont une grande majorité issue des poneys-club. C’est ce corps électoral de licenciés qui élit ses représentants.


La FFE est rattachée à son ministère de tutelle le ministère des sports. Elle dépend structurellement de la loi sur le sport qui régit les différentes fédérations sportives (Cette loi doit être revue prochainement). A ce titre elle ne s’occupe ni de l’élevage ni de l’amélioration de la race.


Elle est l’aval de la filière sport.


L’idée de rapprochement des deux institutions n’est pas nouvelle. A l’époque de Pierre Durand qui en avait suggéré l’idée, la SHF ne regroupait pas encore l’ensemble des activités de l’élevage 0-3 ans qui étaient sous la tutelle des Haras Nationaux. Elle s’occupait alors exclusivement de la formation des jeunes chevaux 4, 5,6 ans. Son corps électoral n’associait pas les éleveurs, cavaliers, propriétaires ce qui a été fait depuis. Je pense qu’aujourd’hui l’implication des socioprofessionnels dans la société mère est indiscutable.


Depuis, l’évolution des compétitions sportives a complètement changé le paysage sportif avec la multiplication des concours et l’arrivée de nouveaux organisateurs de compétitions type Global Champions Tour ou autres. Il est de plus en plus difficile pour un cavalier professionnel de jeunes chevaux d’être présent sur tous les fronts, de l’éducation des jeunes chevaux à la compétition sportive de haut niveau. N’oublions pas que le circuit jeune chevaux génère une réelle activité économique aux professionnels cavaliers, la vente de chevaux étant un élément important dans le fonctionnement de leurs écuries.


Pour conclure, je dirais, que notre corps électoral est constitué autour de l’élément central qu’est le cheval alors que celui de la Fédération se concentre autour du cavalier pratiquant.


Le schéma que nous venons de décrire se rapproche de celui d’une interprofession avec une filière amont de producteurs-transformateurs représentée par la SHF et une filière aval d’utilisateurs- consommateurs représentée par la FFE.


A ce titre, l’idée d’’une réflexion sur le possible rapprochement entre les deux institutions est normal. Nous avons Serge Lecomte et moi-même déjà abordé le sujet, nos activités étant complémentaires et interdépendantes l’une de l’autre. L’objectif de la SHF est à la fois de relancer la production avec une rentabilité économique et de soutenir la démarche des éleveurs dans l’amélioration génétique, de formation des champions pour demain. L’objectif de la FFE est de développer la pratique de l’équitation et d’être performant sportivement à haut niveau.


J’ajouterai qu’il n’existe pas de nations fortes sportivement sans un élevage fort à moins de dépenser des sommes très importantes comme le font les USA ou les pays du Golfe.


De plus, l’encouragement à la filière française n’est pas fait pour favoriser l’importation de chevaux sur notre territoire ».


Quel fonctionnement SHF-FFE ?


« La FFE et la SHF utilisent les mêmes structures organisatrices et souvent les mêmes terrains, la semaine étant dédiée aux jeunes chevaux et le weekend aux épreuves FFE. Cette optimisation permet aux organisateurs d’amortir sur plusieurs journées les frais des deux types de concours. Les économies d’échelle existent donc déjà.


De même nous nous rapprochons de plus en plus de l’organisation de concours internationaux (1 à 4 étoiles) qui permettent à nos jeunes chevaux de bénéficier d’une meilleure visibilité, dans un cadre plus formateur (Grand écran, tentes, drapeaux etc.…) les préparant ainsi mieux à leur future vie de compétiteur ».


Comment envisagez-vous la mutualisation de moyens ?


« Avant de parler de mutualisation de moyens encore faudrait-il avoir des projets communs, sur un territoire de métier qui nous rapproche. Je crois beaucoup plus à un rapprochement des hommes basé sur des actions communes qui fédèrent, plutôt que des discours qui ne font guère avancer les choses. Cela amène les équipes en place à se côtoyer, mieux se connaitre et faciliter les échanges. Dans un deuxième temps nous devons voir où nous pouvons envisager des économies d’échelle point par point. Ceci n’est ni plus ni moins que du pragmatisme ».


Quel lieu pour les compétitions importantes Lamotte ou Fontainebleau ou ailleurs ?


« Aucune exclusivité n’existe pour l’organisation de grands évènements. Nos finales s’organisent sur des sites très différents qui ont chacun leurs spécificités dues à la discipline qui les accompagnent. 


Une diversité de lieu surtout quand ils sont emblématiques d’une discipline équestre est un atout pour les jeunes chevaux et surtout leur commercialisation. Avoir ancré dans le temps pour les étrangers acheteurs de nos jeunes chevaux, des lieux en rapport avec les disciplines est essentiel dans leur réussite. Chaque site véhicule l’image d’une discipline et d’un marché spécifique : Fontainebleau le CSO, Pompadour le CCE, Saumur le Dressage, Compiègne l’attelage, La Motte- Beuvron les finales CSO poneys, Uzès l’endurance.


Concernant le site de Fontainebleau, un vieux dicton dit que le secret de la réussite c’est N°1 … l’emplacement, N°2… l’emplacement, N°3… l’emplacement. A ce sujet Fontainebleau bénéficie d’un emplacement exceptionnel proche de Paris, aéroport, autoroute et train desservant facilement le grand parquet. 


Malheureusement pour la SHF, le site montre ses limites et on peut regretter que ce lieu emblématique n’ait pas été choisi pour l’organisation des JO 2024, ce qui aurait doté l’ensemble de la filière d’un site pérenne pour les compétitions équestres.


Les responsables politiques du « Grand Parquet » sont conscients de toutes les contraintes qui bloquent son évolution. Ils ont la volonté politique de réussir les changements nécessaires pour demain. Du reste, nous les avons rencontrés Serge Lecomte et moi-même sur ce sujet ». 


Quid de l’IFCE ?


« Notre environnement a considérablement changé ces dernières années. Tout le monde s’accorde sur le bien fondé du rôle régalien de l’IFCE et son évolution vers un rôle d’institut technique contribuant à la collecte et la mise en forme de données chiffrées. Il n’en est pas moins vrai que, pour l’essentiel, ses coûts et son nombre de salariés ne se justifient plus. Le problème est largement social dans le prix à payer pour s’adapter à ce nouvel environnement. 


Ces dernières années, la SHF a repris de nombreuses missions de l’IFCE sur l’organisation des concours, la gestion et la distribution des encouragements. Il faut noter qu’aucun soutien financier n’est venu accompagner ce transfert ».


Le financement de tout cela vous le voyez comment ?


« La filière cheval de sport est intimement liée au monde des courses. En effet cette particularité vient d’une loi sur l’ouverture des paris datant du 2 Juin 1891 qui règlemente le fonctionnement des courses de chevaux. En contrepartie de leur monopole elles doivent participer à « l’amélioration de l’espèce équine, la promotion de l’élevage ainsi qu’au développement rural ». C’est pourquoi pendant plus d’un siècle, les Haras Nationaux ont bénéficié d’un soutien financier en dehors du budget de l’Etat. La SHF revendique le droit à une enveloppe financière « élevage », en totale conformité avec cette loi, et doit bénéficier ainsi d’une alimentation financière directe.


Nous ne devons pas oublier que le grand absent du Fonds de compensation sur la TVA a été l’élevage, alors que la FFE et les clubs ont bénéficié d’une enveloppe venant de ce Fonds Equitation de 17 Millions d’euros par an sur trois ans soit un total de 51 Millions d’euros. A ce titre on ne peut pas dire que le sport, qui en avait largement la possibilité, ait fait preuve de beaucoup de solidarité envers l’élevage… 


Résultat sans appel aujourd‘hui : -40% de naissances… les chiffres parlent d’eux-mêmes… Dramatique pour un pays de production agricole ».


Quelle évolution pour demain ?


« Depuis peu, des avancées significatives sont intervenues sous l’impulsion de la sénatrice Anne Catherine Loisier ( présidente précédente du Groupe Cheval au Sénat). Ses efforts pour avoir une représentation unique de l’ensemble de la filière ont débouché sur la création de la « Gouvernance » qui associe les sociétés mères SFET, SHF, Le Trot, France Galop et FFE. Cela ouvre de nouvelles perspectives à une filière enfin rassemblée. Sa représentativité est indiscutable.


La Gouvernance doit se fixer pour premier objectif de conforter et accroitre le financement aujourd’hui apporté par le Fonds Eperon pour l’élevage sport et chevaux de territoire, la pratique de l’équitation, les investissements en région. C’est à la « Gouvernance » de gérer ce fond, ou les successeurs de ce fonds, de manière transparente, sous le contrôle de la tutelle.


C’est aussi à la « Gouvernance » de faire entendre une voix unique sur les sujets communs et transversaux à l’ensemble de la filière équine, et ceci dans le respect de chacun de ses membres. 


Nous attendons dans les prochains jours le rapport Arthuis demandé par l’Etat qui devrait formuler des recommandations nécessaires afin de réformer efficacement le secteur cheval dans sa globalité.


Pour conclure, je pense que nous nous devons de travailler ensemble FFE-SHF dans le respect des missions de chacun. Pour moi beaucoup de fenêtres s’ouvrent avec une représentativité cheval « resserrée, lisible et enfin simplifiée ». De plus nous avons en face de nous un objectif commun avec la perspective de l’organisation des Jeux Olympique de 2024 (Les jeunes chevaux d’aujourd’hui seront nos représentants de demain). Ces jeux doivent être une vitrine extraordinaire pour montrer notre savoir faire Français, élevage et sport rassemblé. Quel plus bel exemple à montrer ?


Sur ce sujet précis, les notions de pouvoir ou de pseudo OPA de l’une envers l’autre paraissent bien désuètes face à ce challenge si important pour tous. Nous sommes un grand pays d’élevage, nous avons des cavaliers extraordinaires sur notre territoire encadré d’une FFE forte avec la possibilité d’associer à tout cela des propriétaires passionnés. A nous de relever ce challenge ensemble, de mettre au point un programme précis d’accompagnement et transformer ainsi l’essai marqué à Rio avec l’Elite de nos chevaux Français ».




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Journal Le Cheval n°303 du 5 Octobre 2018


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