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Pourra-t-on bientôt choisir le sexe du poulain à naître ?


28/03/2019
    
Les techniques modernes de reproduction se sont beaucoup développées au cours des 50 dernières années. En dehors du stud-book pur-sang anglais qui n’autorise que le recours à la monte naturelle pour saillir ses juments, les autorités des autres grandes races de chevaux de course (pur-sang arabe, trotteur) ou de sport pour toutes les disciplines olympiques ont ouvert tout ou partie de leur stud-book à l’insémination artificielle, au transport de la semence, au transfert d’embryons et pour certaines d’entre elles à la ponction d’ovocyte, la fécondation in vitro ou le clonage.


Pour les étalons, le principal avantage de ces différentes techniques est de dissocier le moment et/ou le lieu de la récolte de la semence du moment et/ou du lieu de l’insémination de la jument. Un étalon peut ainsi produire de la semence congelée l’hiver pour une utilisation dans le monde entier le printemps suivant.


En ce qui concerne les juments, le transfert d’embryons permet à une jument de compétition de mener simultanément une carrière de sport et une carrière de reproductrice ou à une poulinière de produire plusieurs poulains par saison. 


Qu’en est-il au niveau du sexage des embryons ou des fœtus ?


En complément de ces nouvelles techniques, la pratique de l’échographie sur les juments poulinières a permis d’affiner le suivi gynécologique qui précède l’ovulation, de choisir le meilleur moment pour inséminer les juments et d’effectuer des constats de gestations à 14, 25, 45 jours… de gestation. Mais l’échographie transrectale au début du 3e mois de gestation et transabdominale au 5e mois de gestation permettent aussi de déterminer le sexe du poulain. C’est une information assez intéressante pour l’éleveur, propriétaire de la jument, mais aussi pour l’acquéreur potentiel qui souhaite investir dans cette génétique à condition que le poulain à naître soit, suivant ses objectifs, un mâle ou une femelle. Malheureusement, à ce stade, il est trop tard pour agir et l’éleveur ne peut que constater le sexe du poulain.


Serait-il possible d’orienter ce choix dans l’avenir ?


Pour permettre à un éleveur de choisir le sexe de son futur poulain, il faut remonter au moment de la conception, donc de l’insémination de sa jument. Comme pour tous les mammifères, le sexe du fœtus est déterminé par le chromosome sexuel qui est apporté par le spermatozoïde au moment de la fécondation. Si le spermatozoïde est porteur du chromosome « Y », l’ovocyte ainsi fécondé donnera naissance à un étalon. Si le spermatozoïde est porteur du chromosome « X », la jument poulinière donnera naissance à une pouliche. Compte tenu du nombre de spermatozoïdes produits par un étalon à chaque récolte (3 à 7 milliards en moyenne) ou du nombre de spermatozoïdes contenus dans une dose d’insémination (50 à 500 millions), il naîtra statistiquement autant de mâles que de femelles.


La solution est donc dans le sexage de la semence


Ces statistiques ne s’appliquent par définition pas aux cas individuels et malgré cette incertitude, une poulinière peut être amenée à pouliner de 4 ou 5 mâles consécutifs (respectivement 4 ou 5 femelles). Pour éviter cela, la seule solution consiste donc à effectuer un tri des spermatozoïdes avant d’inséminer la jument. La technique va s’appuyer sur le poids moléculaire des chromosomes « Y », inférieur de 3 % à 4,5 % au poids moléculaire des chromosomes « X » chez les mammifères. Les spermatozoïdes vont donc être présentés un par un dans un cytomètre en flux qui va dévier les spermatozoïdes afin de séparer les spermatozoïdes « mâles » des spermatozoïdes « femelles ». Il n’y a ni manipulation génétique, ni fécondation in vitro, ni organisme génétiquement modifié… car il ne s’agit ici que de trier les spermatozoïdes avant insémination.


Par contre, compte tenu de la vitesse à laquelle les cellules sont analysées (20.000 par seconde) et du nombre total de spermatozoïdes nécessaires à l’insémination d’une jument (plusieurs millions), le sexe ratio ne sera jamais de 100 %. La technique actuelle permet de produire des doses avec une pureté de 95 % ce qui veut dire qu’il pourra toujours naître un mâle issu de paillettes dites « femelles ».


Quel est l’intérêt pour l’éleveur de recourir à cette technique ?


Chaque éleveur de chevaux possède ses propres objectifs en matière d’élevage et de compétition. Les entraineurs de chevaux de polo ont une réelle préférence pour les juments, contrairement aux cavaliers de dressage qui choisiront souvent d’évoluer avec un étalon sur le carré de dressage. Les étalonniers sont toujours intéressés de faire naître un mâle en vue d’en faire un étalon approuvé dont ils pourront vendre des cartes de saillies tandis que les propriétaires privés qui n’ont pas les infrastructures pour contenir un entier rechercheront plutôt une pouliche pour conserver la lignée de leur meilleure jument. C’est un choix personnel qui peut aussi dépendre de la lignée, de l’âge de la jument poulinière, du sexe ou des performances en compétition de ses précédents poulains.


Encore fallait-il valider la fertilité de cette technique…


Première entreprise à se lancer dans ce projet en Europe, la société Equitechnic, basée à Corbon dans le Calvados, a créé un partenariat avec le spécialiste américain du sexage de la semence bovine, Sexing Technologies. A l’automne 2018, la première machine est arrivée en Normandie et Equitechnic a testé avec Sexing Technologies la semence de 16 étalons français et étrangers issus de 8 stud-books différents. Comme pour la congélation de la semence, tous les étalons ne se soumettent pas avec autant de succès au sexage de leur semence mais ce premier travail a permis d’atteindre une mobilité suffisante de la semence pour commencer les premières inséminations artificielles. Et les résultats ne se sont pas fait attendre.


Sur les 7 premières juments inséminées à partir de la semence sexée dans la journée, 5 ont été constatées gestantes à 14 jours puis à 25 jours de gestation, dont une présentait des jumeaux soit un total de 6 ovocytes fécondés sur 8 ovulations constatées (75 % de fertilité).


Compte tenu de ces premiers résultats, les 4 juments suivantes ont été inséminées avec de la semence sexée produite 24h00 à 48h00 avant l’insémination. Sur ces 4 juments, 2 étaient pleines à 14 et 25 jours de gestation dont 1 avec des jumeaux ce qui en terme de fertilité représente une réussite de 3 gestations sur 5 ovulations (60 % de fertilité).


Ces résultats sont très encourageants et vont permettre de proposer ce service dès la saison de monte 2019 aux étalons stationnés sur place et produisant de la semence fraîche et réfrigérée. Parallèlement, les essais vont se poursuivre avec la semence congelée car l’objectif principal est de produire des paillettes congelées de semence sexée.


Marc Spalart, Directeur d’Equitechnic




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Journal Le Cheval n°319 du 4 Octobre 2019


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