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Portrait : Nicolas Martin, steward international


13/12/2018
    
Sur les concours internationaux, on le voit courir partout, levé tôt, couché tard, toujours prêt à intervenir pour éviter tout problème, et rarement aux honneurs : Nicolas Martin, Steward International Level 2. Pour beaucoup, son rôle reste un peu obscur, alors qu’il est une des chevilles ouvrières de l’organisation et qu’à 38 ans il est reconnu au niveau international et vient d’être inscrit par le Ministère des Sports sur la liste des arbitres de haut niveau en ce qui concerne l’équitation.


C’est au Jumping de Bourg-en-Bresse qu’on est sûr de le rencontrer. Le Jumping, c’est une affaire de famille puisque ses parents y sont d’infatigables bénévoles, Francis à la piste et Nadine aux accréditations.


C’est d’ailleurs à l’école d’équitation de ses parents qu’il a appris à monter à cheval avec Vidol, un anglo-arabe au caractère affirmé, né la même année que lui, et avec qui il a passé son galop 7 avant de lui assurer une paisible et longue retraite puisqu’il est décédé à plus de 34 ans. Autant dire que même si on le voit rarement à cheval, c’est un excellent cavalier, et un véritable homme de cheval. Une fois son bac et son galop 7 en poche, la question de son avenir s’est posée. Ce garçon sérieux a choisi les études, et il est maintenant ingénieur géomètre, chef de service responsable de tous les travaux de voirie neuve à la ville de Bourg-en-Bresse, avec un budget annuel à gérer de 3,5 millions d’euros. Mais il n’a pas abandonné l’équitation et pour continuer à fréquenter les terrains, il a décidé de devenir officiel de compétition en suivant d’abord un cursus national qui l’a amené des concours club aux nationaux élite. Il a ensuite continué par une formation internationale Level 1 qui lui a ouvert les paddocks internationaux, avant d’atteindre le Level 2 qui donne accès au statut de chief Steward, un statut qu’il a été le plus jeune à posséder en France. Depuis, il suit régulièrement tous les deux ans des stages d’actualisation des connaissances, qu’il complète à titre personnel. Ainsi il était récemment à Lausanne auprès de l’Association Internationale des Officiels de Jumping.


« Aider, prévenir, intervenir »


Mais en quoi consiste exactement son rôle ? « Je le résume en trois mots : aider, prévenir et intervenir ». Aider tous les intervenants du concours et ils sont nombreux : cavaliers, grooms et entraîneurs bien sûr, mais aussi organisateurs, chef de piste, vétérinaires, sponsors, juges, presse… une cinquantaine en général. « C’est cette interaction qui est intéressante, je ne suis pas cantonné à un rôle, contrairement par exemple aux juges qui ont rarement le temps de descendre de leur tribune ». Et cette aide s’étend dans le temps sur toute la durée du concours, et dans l’espace sur l’ensemble du périmètre concerné. C’est lui par exemple qui va veiller à l’installation dans les écuries, au planning des détentes, aux déplacements, d’une façon générale au bien-être des chevaux. 


La prévention est peut-être le volet essentiel : il faut veiller à tout pour que le concours se passe dans les meilleures conditions, donc prévenir les risques d’accident, et parfois aussi les infractions au règlement. C’est là que s’inscrivent par exemple le contrôle des guêtres en CSO ou des embouchures en dressage, et en cas de contrôle anti dopage, c’est lui qui va aller chercher le cheval et son cavalier ou groom et les escorter, puis servir de témoin officiel à la procédure. Mais la prévention, c’est aussi aider le chef d’équipe à préparer au mieux ses cavaliers pour éviter les problèmes sur la piste : « A la Coupe des Nations Jeunes Cavaliers, Thierry Pomel souhaitait pouvoir faire sauter un bidet pour préparer la rivière sur la piste, je le lui ai donc fait installer ». 


Enfin l’intervention se révèle parfois indispensable, en cas d’accident ou de problème conflictuel. « Parfois les cavaliers sont dans le stress et considèrent que je ne suis là que pour les empêcher de faire ce qu’ils veulent et que je n’y connais pas grand-chose. » Mais le problème se règle souvent avec les entraîneurs ou les grooms avec qui il s’établit même une certaine connivence. « Je finis par connaître leurs méthodes et leurs attentes, et parfois, quand le cavalier à l’évidence ne les respecte pas nous échangeons un regard qui en dit long. » 


On l’a compris, son action est essentielle, et ne peut être efficace qu’en concertation étroite avec tous les intervenants, mais aussi avec l’équipe de stewards qui l’assistent et qu’il doit aussi savoir manager, ce qui est l’objet d’une formation spécifique pour obtenir le Level 2. Mais d’autres qualités sont indispensables : « d’abord l’endurance et une bonne forme physique. On est debout toute la journée et par tous les temps. L’attention doit toujours être en éveil car il se passe toujours quelque chose quelque part. Il faut également être à l’écoute, et disponible, mais aussi savoir faire preuve d’autorité si nécessaire. Tout est dans la diplomatie, car il faut veiller au respect du règlement, afin que tout se passe bien, tout en donnant envie aux cavaliers de revenir l’année suivante, donc ne pas être trop rigide ou directif mais savoir rester à sa place ». 


Et puis, il faut aussi maîtriser au moins l’anglais. Depuis 2 ans, Nicolas est Chief Steward pour la Coupe des Nations Jeunes Cavaliers à Fontainebleau. « Au début, il y a 4 interventions devant l’ensemble des concurrents pour préciser les conditions de déroulement : le président du jury, le chef de piste, le chief steward et le vétérinaire officiel, en anglais bien sûr. » Il a aussi notamment participé cette année à la finale de la Coupe du Monde GL Events . « Je ne peux assurer qu’une dizaine de concours par an, car je dois être présent en général du mercredi au lundi, que je prends sur mon temps de vacances ». L’anglais lui sert aussi dans ses échanges lors de séminaires de formation internationaux : « C’est intéressant de voir nos différences. Les autres nations installent une distance que nous n’avons pas, d’où notre réputation de laxisme qui en fait est totalement fausse. Nous sommes dans le dialogue, nous connaissons le règlement aussi bien qu’eux, et nous sommes même intervenus plus souvent qu’eux, car nous sommes dans un rapport de confiance. Ils fonctionnent souvent par équipes, chef de piste, jury, chief steward, ce qui rend difficile de s’intégrer pour prendre de l’expérience à ce niveau ».


Car le rêve de Nicolas serait, bien sûr de participer à des concours mythiques comme Aix la Chapelle, et surtout, objectif suprême Paris 2024 ! 




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Journal Le Cheval n°306 du 14 Décembre


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