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Mediation avec les équidés : nouveaux métiers


29/05/2019
    
On n’en finit pas de découvrir les bienfaits que peut apporter la fréquentation assidue des chevaux. Xénophon disait déjà au 5e siècle avant JC « Le cheval est un bon maître, non seulement pour le corps, mais aussi pour l’esprit et pour le cœur ». A notre époque, l’équithérapie, présente dans les faits depuis plus d’un

On n’en finit pas de découvrir les bienfaits que peut apporter la fréquentation assidue des chevaux. Xénophon disait déjà au 5e siècle avant JC « Le cheval est un bon maître, non seulement pour le corps, mais aussi pour l’esprit et pour le cœur ». A notre époque, l’équithérapie, présente dans les faits depuis plus d’un demi-siècle en est la première preuve, et a ouvert la voie à d’autres pratiques, visant à apporter par l’intermédiaire du contact avec le cheval l’amélioration d’un état de fragilité. On a vu ainsi émerger au cours de ces quinze/vingt dernières années l’hippothérapie, l’équinésio ou kinésiologie, l’équi-coaching et l’équicie pour n’en citer que quelques unes. 


Preuve de l’intérêt grandissant pour ces techniques, il existe depuis 1986 une Fédération Nationale des Thérapies avec le Cheval (FENTAC), et un Salon « Cheval et bien-être » s’est tenu en juin 2018 sur l’hippodrome d’Enghien, et sera reconduit en octobre 2019. Les scientifiques s’y intéressent aussi : selon le Dr Didier Vernay, neurologue au CHU de Clermont-Ferrand et président de l’Association française d’information et de recherche sur l’animal de compagnie (Afirac) : « l’animal offre un registre de communication plus lisible basé sur des éléments universels comme le regard, la qualité de présence, le fait de pouvoir être touché... Il n’y a pas d’intentionnalité, de jugement. C’est une relation gratuite, totale et inconditionnelle ». Dans son souci d’ouvrir le monde du cheval à de nouvelles habitudes, de nouveaux référentiels et de nouveaux modes de pensée et de fonctionnement, Horse’innov by Equid’Ain accueillait au Jumping de Bourg certains de ces nouveaux professionnels.


Chacune de ces pratiques diffère par son but, son public, et le professionnel qui la dispense. Les formations sont très variées dans leur conception et leur coût : école spécialisée, stages, expérience personnelle…Nous avons cherché à y voir plus clair :


L’hippothérapie est définie le plus souvent comme une prise en charge d’ordre kinésithérapeutique. Il s’agit d’une rééducation motrice, soutenue par le cheval, agissant sur la motricité et la sensorialité du patient.


L’équithérapie se définit comme une prise en charge psychique médiatisée par le cheval et dispensée à une personne dans ses dimensions psychiques et corporelles. L’objectif est d’agir sur le fonctionnement psychique du patient. Cette pratique est dispensée par des professionnels du secteur médico-social, kinésithérapeutes, des orthophonistes, des psychomotriciens ou psychologues, qui ont suivi une formation spécifique au préalable et font bénéficier leurs patients de soins d’ordre psycho-corporels. La Société Française d’Equithérapie (SFE) délivre un diplôme après 600 heures de cours en 2 ans, et a mis en place une charte d’éthique et de déontologie. Il existe également l’IFeq : institut de formation en équithérapie et la FENTAC : fédération nationale des thérapies avec le cheval.


L’équicie est la pratique de la médiation équine qui vise à accompagner toute personne vers son plein épanouissement. L’équicien est avant tout un professionnel de l’action sociale et médico sociale. Il accompagne des personnes en situation de handicap ou de fragilité (passagère ou durable) avec le cheval. C’est un professionnel de la relation d’aide avec le cheval, qui s’inscrit dans le cadre des actions à médiation animale et construit son accompagnement sur « la méthodologie de projet de l’action sociale ». Il met en œuvre des projets éducatifs, thérapeutiques ou de loisirs selon la commande et le champ d’action du prescripteur. On devient équicien à la suite d’une formation dispensée sur 2 ou 3 ans par la fédération nationale Handi Cheval ou par VAE.


Le coaching et le développement personnel assistés par le cheval s’adressent aux personnes dans une démarche d’introspection et d’évolution. C’est avant tout un travail sur soi, ses émotions, son autonomie, sa créativité, ses faiblesses et ses forces. Le cheval agit comme « miroir émotionnel » ou comme un « révélateur » selon l’expression de Isabelle Claude, directrice du centre Equit’Aide, et permet des prises de conscience libératrices de peurs, de blocages. Il aide à avancer dans la vie et à lâcher prise.


L’équi-coaching se positionne sur un autre terrain. Il s’adresse prioritairement aux entreprises auxquelles il propose une approche innovante et professionnelle. Le principe est de mettre les qualités des chevaux au service de l’entreprise pour donner à chaque participant des outils pour développer ses compétences dans le respect des valeurs de l’entreprise. Les thèmes principalement abordés sont la motivation, la gestion du collectif, l’accompagnement de la pression face aux grandes échéances et ce, autour des quatre piliers du management agile : confiance, prise de décision, co-construction et convivialité.


Consciente du besoin identifié lors des assises « Cheval et différences » des personnels soignants et éducatifs, la FFE a lancé en septembre 2018 un programme de formation « Médiation avec les équidés » (MAE). Un premier niveau, ouvert fin 2018, offrira aux personnels soignants une initiation leur permettant d’acquérir les compétences de base. Le niveau 2 est une formation diplômante de Médiateur Equin mention équitation adaptée, équithérapie ou hippothérapie. 


La formation de MAE est destinée aux professionnels, des secteurs équestres, santé ou médico-social, détenteurs d’un diplôme de niveau IV et d’au moins 2 ans d’expérience.


Le diplôme de Médiateur Equin certifie les compétences spécifiques et l’expertise nécessaire pour mener des séances de MAE en autonomie, dans le respect de son champ d’activités et de responsabilités professionnelles. (Lancement des premières sessions début 2019)


Rencontre avec Carole GAU, équicienne dans l’Ain


Comment êtes-vous arrivée à l’équicie ?


« A l’âge de 6 ans, après un voyage en Camargue mes parents m’ont permis de prendre des cours d’équitation en centre équestre. Mais au bout de quelques années, je me suis rendu compte que l’approche du cheval et l’enseignement qui m’était proposé ne correspondaient pas à mes attentes. Avec ma première ponette Praline, que mes parents m’ont offerte à l’âge de 14 ans, je suis devenue ce que je nommerais « une égarée équestre ». Ma rencontre et mon cheminement avec cette jument ont fait émerger mon projet professionnel et m’ont naturellement conduite vers l’Ecole Européenne d’Equiciens en Lorraine. Choisir la formation initiale d’équicien était une évidence en ce qu’elle est parfaitement alignée avec ma vocation : faire le lien entre l’Homme et le Cheval ».


Quel est l’objectif ?


« L’objectif de l’équicie est d’accompagner chaque personne avec le cheval vers un épanouissement social, et vise une amélioration comportementale liée au physique et ou au psychique. L’équicien ne délivre pas d’apprentissages qui relèvent de techniques équestres, chacun peut pratiquer l’équicie sans même avoir rencontré une seule fois un cheval. Elle est dédiée aux enfants, adolescents, adultes ou personnes âgées, atteints ou non d’une déficience, d’un handicap (qu’il soit moteur, mental, sensoriel et/ou social) ou d’un polyhandicap, mais également à toute personne désireuse de ressentir un mieux être ou recherchant un soutien ».


Et en pratique ?


« L’équicie est pratiquée en atelier individuel ou collectif (groupe). Toute personne accompagnée construit avec l’équicien son projet d’équicie individualisé. Ce projet s’élabore en fonction de la visée qui peut être thérapeutique, éducative ou de soutien/loisir selon la demande du prescripteur qui peut être un professionnel du secteur médico-social : éducateur, orthophoniste, kinésithérapeute, psychologue, médecin, assistante sociale, psychomotricien etc...travaillant seul ou en équipe pluridisciplinaire. La famille peut également être à l’initiative de la demande d’aide. L’équicie s’adresse aux établissements médicaux-sociaux et également à des groupes scolaires, des centres de loisir, des associations ».


Pourquoi le cheval ?


« De la relation avec le cheval naissent l’utilisation et le développement des pleines capacités de la personne, qu’elles soient psychologiques ou corporelles : communication, adaptation, apprentissages, concentration, conscience de soi et de l’autre, gestion émotionnelle, équilibre postural, utilisation de la motricité fine et globale, éveil des sens…Le cheval est un être unique qui vit l’instant présent intensément. L’observation de ses comportements ainsi que de ses réactions guide l’humain à vivre dans l’immédiateté et demande alors de prendre conscience de ses propres réactions et sensations réelles. Par exemple l’approche du cheval stimule les différents sens comme la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher. Lorsqu’une personne accompagnée évolue en équicie avec un cheval, elle mobilise également des compétences liées aux repères spatiaux (espace personnel, cadre, environnement…) et temporels. Le cheval réagit en conséquence face aux événements (comportements humains, environnement, congénères…) qui se produisent face à lui. Pour communiquer la personne doit prendre conscience de sa propre expression corporelle afin de se faire comprendre par le cheval et le comprendre lui ; cela demande attention et concentration et permet alors un retour à l’instant présent et à soi. Prendre le temps d’être là et d’être soi : cela commence aussi par la respiration. Au côté des chevaux chacun apprend à trouver son propre rythme de respiration. Si la personne souhaite monter, elle peut ressentir les mouvements produits par la locomotion du cheval qui peuvent être comparés à un bercement (qui peut apaiser, permettre de réduire le stress) mais aussi ressentir des sensations provoquées notamment au niveau du corps. Tout cela contribue à renforcer la perception corporelle et émotionnelle des personnes. Elles reprennent alors conscience de leur corps, leurs pensées et leurs émotions, ce qui est indispensable pour avoir le sentiment d’être soi ».


Véronique Robin




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Journal Le Cheval n°318 du 13 Septembre 2019


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