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Marie Pellegrin, la Marseillaise… lui va si bien

  • Marie et Hip Hop la Vraie Vie (© ER)
    Marie et Hip Hop la Vraie Vie (© ER)
  • Entre Michel Gruhn et Johannes Farce, Marie et Rita (© ER)
    Entre Michel Gruhn et Johannes Farce, Marie et Rita (© ER)
  • Michel Gruhn
    Michel Gruhn
Marie Pellegrin est Marseillaise et fière de l’être. Très jeune, elle a porté la veste de l’équipe de France et fait sonner l’hymne national. Après un intermède d’une dizaine d’années en Suisse chez  Etter Sports Stall, elle est de retour en France avec l’objectif très clair de reconquérir une place dans le haut niveau. Elle vient de s’impliquer dans la gouvernance fédérale en prenant un poste de haut niveau dans le collège spécifique du comité directeur de Serge Lecomte élu le 18 mars.

Au haras d’Estelya, en Isère, superbe structure face au Mont Blanc, elle prépare activement son piquet de chevaux. A ses côtés, Michel Gruhn qui s’occupe de débourrage et des jeunes chevaux, installé au haras comme cavalier pro, Johannès Farce, qui travaille avec elle depuis plus de 2 ans et Rita sa groom. Ambiance travail, coaching, sérénité, détente pour le bien-être des chevaux sur ce mamelon de verdure posé en regard de la chaîne des Alpes. 

Débordante d’énergie, ce brin de femme de 41 ans, maman d’un garçon de 11 ans, annonce sans détour sa détermination.

« Je suis petite-fille de maître de manège du Cadre Noir de Saumur. Ma mère était championne des cavalières de sauts d’obstacle, mon père a été cavalier de complet, propriétaire de chevaux gagnants trotteurs, galopeurs, ainsi que de CSO, propriétaire du fameux Galoubet, c’est lui qui a importé l’insémination artificielle en Europe ». 

Le décor est planté et l’atavisme en route. Jean-François Pellegrin, son père, héritier d’un savoir-faire ancestral dans la joaillerie semble avoir tracé le destin de sa fille.

« Nous sommes bijoutiers de père en fils depuis 1840, très attachés aux valeurs, à la famille, à notre région et à notre ville Marseille. Mon père a toujours été passionné par les chevaux. Il a lu absolument tous les livres concernant l’élevage et grâce à une mémoire assez exceptionnelle, il connait toutes les origines maternelles et peut remonter très, très loin dans les performances d’un cheval. Petite anecdote, il avait fait, il y a très longtemps, une liste des origines maternelles qu’il aimait, eh bien ce sont exactement les origines maternelles des performers de maintenant. 

Mon grand-père maternel était Maître Delbos. Il était juste sous le colonel Margot. C’est lui qui a mis le père de Thierry Pomel à cheval. C’était vraiment un homme exceptionnel, mort trop tôt. C’était un homme de cheval hors du commun qui m’a appris le respect que l’on doit aux chevaux ». 

Vous avez commencé à poney ?

« J’ai fait ma première compétition-entraînement à 7 ans avec Prince Noir, un shetland un peu diabolique et je crois que j’ai passé six mois à être éliminée sur le n°1. Mon père nous avait dit, à mon frère et à ma sœur, « celui qui résiste à Prince Noir aura un nouveau poney ». Je fus la seule à avoir résisté à Prince Noir. Je n’ai jamais voulu faire autre chose que monter à cheval. Un petit peu sauvage, mais aimant le contact avec les gens, je me sens bien dans la nature avec les animaux ». 

Donc équipe de France très tôt ?

« Première équipe de France à 12 ans. Pas parce que j’étais bonne mais parce qu’il n’y avait personne d’autre… Je venais juste de commencer les Grands Prix et j’avais fait un exploit avec un podium ou un classement au championnat de France poneys à Orléans. C’était un accident…Du coup j’ai été prise dans l’équipe pour les championnats d’Europe à Stockholm mais je n’étais absolument pas prête. J’ai été éliminée.  J’ai fait toutes mes années poneys avec Francis Rebel que j’affectionne beaucoup ».

Si Jolie pour les années junior

Le passage à cheval s’est fait avec Si Jolie II, une fille de Galoubet et Jolie Rose x Joue Tes Atouts que son père avait achetée chez Jean Martinot à 6 ans. « Elle sautait vraiment très, très bien mais était assez dangereuse, assez compliquée. Elle avait eu un début de vie difficile, nourrie avec le lait de sa mère empoisonné. Elle a dû avoir des piqûres tous les jours quand elle était toute pouliche et ne laissait personne l’approcher.

Mon père l’a confiée à Hervé Godignon pour faire tout son apprentissage.  C’est comme ça que j’ai commencé à m’entraîner avec Hervé. Je m’entraînais aussi avec Gilles de Balanda. J’ai fait toutes mes gammes, Juniors, Jeunes Cavaliers, avec Si Jolie II et Cabre Ibarra (Fury de la Cense-Château du Diable ps). Ces deux chevaux-là ont malheureusement péri dans l’incendie chez Marcel Rozier.

Ma première année de seniors démarrait vraiment très bien, avec beaucoup d’objectifs. J’avais déjà fait pas mal de Coupe des Nations et de CSIO. L’incendie a mis un arrêt brutal et très, très, douloureux.

La reprise a été très difficile. Hubert Bourdy m’a prêté des chevaux mais je n’arrivais plus à m’y attacher, j’avais l’impression de trahir ceux qui étaient morts. Après plusieurs bons chevaux, après avoir digéré un peu tout cela, j’ai rencontré Admirable. Entre temps, la jument qui m’a vraiment ré-ouvert le cœur c’est Ice d’Ancoeur, une petite jument alezane par Le Prince de Thurin, achetée à Hubert qui l’avait trouvée chez Bruno Rocuet. Elle était record des gains des chevaux 6 ans. Toute petite, épaisse comme une biscotte, très chaude, avec la tête en l’air, exceptionnelle dans ses sauts. Elle touchotait tous les obstacles mais elle gagnait, c’était fou, et c’était ma copine.

Après quelques chevaux aussi marquants, je suis partie en Suisse dans l’écurie de commerce Etter Sports Stall. Là j’ai eu beaucoup de chevaux à monter. J’étais dans la plus grosse écurie de commerce avec plus de 100 chevaux sur place. Je me suis retrouvée dans un milieu qui n’était pas du tout le mien et qui m’a fait beaucoup progresser.  J’avais l’habitude de faire du travail de précision sur peu de chevaux, un petit peu de « l’épicerie fine », je me suis alors retrouvée, sans aucune connotation péjorative, un peu comme dans un « supermarché du cheval ». Faire sauter beaucoup de chevaux, voir beaucoup de clients, faire beaucoup de concours, parler plusieurs langues, ça m’a apporté énormément ». 

Vos objectifs maintenant ?

« L’objectif à long terme c’est les Jeux Olympiques de Paris. A court terme, j’aurais espéré si les Jeux et les Championnats d’Europe ont bien lieu, et si on avait pu commencer les concours plus tôt, être dans une des deux équipes des Championnats d’Europe si j’avais pu me préparer correctement. Je devais aller à Valence trois semaines mais j’ai annulé parce que je ne le « sentais » pas et j’ai bien fait. Tous les autres concours étant annulés, à un moment il faut être réaliste. Boréale n’a pas sauté en concours depuis le Grand National de Mâcon. Certes on a sauté plusieurs fois en extérieur, mais la vérité c’est la compétition. J’ai bien réalisé que là je suis très, très short et je ne vais pas aller contre ma jument pour rattraper le temps perdu. Je ferai donc du mieux que je peux dans l’intérêt de ma jument pour arriver dans l’été à un pic de performance optimal ». 

Boréale c’est la numéro 1 ?

« Boréale de Fondcombe (NDLR Tinka’s Boy-Calvaro-Grand Veneur née chez Philippe Prévost) est exceptionnelle, c’est vraiment une jument hors norme. Elle est un petit peu le mélange de tous les meilleurs chevaux que j’ai eus. Elle reste assez forte pour moi à monter, elle en veut toujours plus, c’est pour ça que j’ai l’aide de Johannès Farce. Il me la travaille pas mal et les deux s’aiment beaucoup. J’ai aussi  Alcazar du Moulin (Mylord Carthago-Allegreto), que j’avais acheté à François-Eric Fedry en même temps que Une de l’Othain (Conterno Grande-Reggae de Talma x Cento), jument que j’ai vendue à Jennifer Gates, la fille de Bill Gates, et que monte Harrie Smolders et Candy, un Kannan. 

J’ai toujours fait de la vente. J’ai toujours beaucoup travaillé et j’ai vendu des chevaux parce que je n’ai pas le choix. A contre cœur à chaque fois mais c’est la vie. Cylana que j’ai achetée en Suisse faisait de la 1m35 avec une cavalière régionale, je l’ai prise et revendue à Reed Kessler qui a fait les Jeux Olympiques avec. Quand j’ai été 3e du Grand Prix de Calgary avec Admirable, Reed Kessler était 2e avec la jument, que je lui ai vendue. Qui met deux chevaux dans le podium de Calgary ? Personne n’a fait ça. J’ai acheté très peu de chevaux pour finir, même pas 50 mais 90 % des chevaux que j’ai achetés ont fait minimum du 3*.

Dans le piquet, j’ai aussi Valentino des Bleus, un Flipper et Nitchou des Orcets x Quatoubet du Rouet. Gros moyens, il aime le concours hippique et adore sauter. Tous mes achats sont au départ des coups de cœur. Je montre les origines à mon père qui a aussi un très bon œil, comme ma mère. Et si tous les trois on est d’accord, banco.

Il y a aussi Deuxcatsix d’Eglefin, que j’ai acheté à 5 ans.il a été chez Jérémie Rolland jusqu’à 6 ans. Je l’ai récupéré dans l’année de 7 ans et c’est Johannès qui commence la saison de 8 ans, je le reprendrai dans deux mois. 

Ses origines, Vigo Cécé et mère Bamako de Muze, sa prestance, m’ont beaucoup plu. Il dégageait. On y est allé avec mes parents, et dès le premier saut, on a dit ok. Mon père a acheté Galoubet en 2 secondes, il y a des fois où il ne faut pas réfléchir. 

L’année dernière j’avais Baccarat du Tertre (Putch des Isles) née chez Alain Bourdon, je l’aimais tellement. Elle est d’une intelligence et d’un talent rares.

Elle a été vendue à la cavalière japonaise Karen Polle qui se classe avec elle à Welligton. J’ai la chance d’avoir des très bons chevaux et de pouvoir un peu choisir les clients.

J’ai un 6 ans, Floc (Qlassic Bois Margot et Si Vive x Ultimo van ter Moude), même souche maternelle qu’Upsilon, bourré de sang, acheté sur vidéo à 3 ans à l’élevage des Sisqueille. Il est chez Johannes. Egalement un 4 ans, Hip Hop la Vraie Vie x Cicave du Talus né chez Frédéric Monteillet dans l’Allier ».

Votre engagement dans la politique sportive fédérale, il vient de quoi ?

« J’ai souligné très ouvertement dans des articles, il y a quelques années, plusieurs points avec lesquels je n’étais pas d’accord. A la fin de l’année dernière, on m’a proposé ce poste du CSO haut niveau au Comité. Dans un premier temps j’ai refusé. On en reparle pendant un stage fédéral au début de cette année et je lui explique un petit peu mes réticences et mes projets et finalement j’ai réfléchi et accepté ce poste parce que je me suis rendu compte que depuis très, très longtemps, j’ai bénéficié de tout ce que la Fédération peut apporter à un cavalier de haut niveau. La Fédération Française aide énormément ses cavaliers de haut niveau pour avoir des entraineurs de qualité, des stages. Tout cet argent-là, il vient de la base, des clubs et des licenciés. Il y a un moment où il faut savoir rendre. Pour être crédible vis-à-vis de ce que j’avais pointé du doigt j’ai décidé de m’engager. On me donne l’occasion de pouvoir essayer de faire changer les choses, je ne dis pas que je vais y arriver mais je vais essayer. Et j’ai un petit peu cette âme-là de vouloir toujours aider les gens ».

A l’intérieur de ce Comité comment voyez-vous votre rôle ?

« Je suis chargée de faire remonter ce que j’entends, d’être le porte-parole des cavaliers, ça c’est mon rôle défini dans le Comité. Je connais du monde dans quasiment tous les secteurs de l’équitation : clubs, élevage, écuries de propriétaires, organisateurs de concours, j’essaie d’avoir une vision très globale et j’essaie d’avoir des solutions et des idées pour que ça profite à tout le monde, parce qu’on est tous dépendants les uns des autres.  Je profite de la chance que j’ai eue d’avoir une éducation de qualité grâce à ma famille et une expérience professionnelle pour pouvoir réfléchir et apporter des solutions à ce milieu. Nous dépendons tous les uns des autres, il ne faut pas juste penser à soi. Il ne faut pas penser à 6 mois-1 an, il faut penser à  10 ans. J’apporterai mon expertise là où je la pense nécessaire.

L’équipe mise en place par Serge Lecomte est très compétente et ne cesse d’évoluer dans le bon sens. Nous sommes la 4e fédération sportive après le football, le tennis et basket et juste derrière nous le hand et le judo. Alors que l’équitation nécessite une logistique et un coût économique incomparables. L’équitation nous rassemble avant tout par la passion des chevaux en considérant l’animal avant l’athlète. Avoir la chance d’évoluer autour des chevaux est la plus belle leçon de vie et la plus grande école d’humilité ».

Propos recueillis par Etienne Robert

Michel Gruhn au haras d’Estelya

Michel Gruhn est installé comme cavalier pro au haras d’Estelya depuis 2 ans. Il excerce son métier de valorisateur de chevaux dans cette structure qui comporte aussi un centre de mise en place. Aux côtés de Marie Pellegrin, il est plus particulièrement chargé du travail des jeunes chevaux.

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