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Le dernier Gouraud : Un amour énorme

  • 600 pages. Edition Belin. 23 €
    600 pages. Edition Belin. 23 €
Le dernier ouvrage de Jean-Louis Gouraud n’est pas une Petite géographie amoureuse du cheval. C’est un atlas enivré, une topographie fantastique bref, un recueil foisonnant, imposant par son poids et sa taille ! Guillaume Henry, son éditeur, a eu l’excellente idée de réunir en un seul volume, la somme éparse – unique et combien inattendue, instructive, drôle – de toutes les chroniques écrites par ce globe-trotteur épris de chevaux et d’inconnu.


Ce n’est pas rien. Pour de très nombreux passionnés de la grande bête magique, Jean-Louis Gouraud est « l’auteur-guide » par excellence. Le néophyte fait connaissance avec le cheval en farfouillant dans les écrits du baroudeur et, partant de là, dévide une pelote qui n’en finit plus. Cette fois, inutile de chercher ; toute la pelote est là, dans un bel ouvrage à couverture blanche et au titre souligné par trois petites photos invitant le lecteur au voyage.


Gouraud est allé voir le cheval en Europe, bien entendu, mais aussi en Russie, en Turquie et en Asie centrale, au Maghreb (y compris la Lybie de Kadhafi) et au Moyen-orient, en Inde, en Afrique noire, en Chine et même en Corée du Nord ! Seul continent absent : l’Amérique latine. Il reste donc à l’auteur quelques petits voyages à faire...


L’avant-propos de l’ouvrage donne la clé de l’incroyable intrépidité de l’auteur. Il avoue avec un bonheur gourmand : j’adore aller dans les pays « les plus fermés du monde ». Voilà qui dit tout. Le reste, c’est au lecteur de le découvrir en fonction de ses envies, humeurs et tropismes. Je connaissais déjà de nombreux textes de cette géographie mais, avec cette somme, j’ai découvert la Corée du Nord et notamment l’incroyable ode de Kim Il Sung, président éternel (bien que mort) de ce pays très fermé, à son cheval blanc. Je ne vous en dis pas davantage ; il faut être seul avec le texte pour en goûter l’étonnante délicatesse de sentiment.


Extraits


« Cheval rapide et bombe atomique » (Corée du Nord)


Mirim est le nom du quartier situé à a périphérie de Pyongyang où se trouvait, juste au-delà d’une voie de chemin de fer qui mène au centre ville, un vaste terrain militaire (65 hectares) que Kim Jong Un décida, en 2013, de transformer en parc de loisirs équestres ouvert à tous. Un chantier qui, semble-t-il, lui tint à cœur puisqu’il y vint et revint une bonne dizaine de fois pour en surveiller l’état d’avancement. Il fallait faire vite : lancés en mai, les travaux devaient impérativement être achevés six mois plus tard, à l’occasion de je ne sais qu’elle fête patriotique. Ce qui fut fait et bien fait. Et même remarquablement fait.


Jamais je n’ai vu, disais-je, de club d’équitation pareil aussi joliment aménagé et aussi bien entretenu. Lorsque je l’ai visité, le 7 octobre 2016, trois ans donc après son inauguration (le 25 août 2013) il paraissait comme neuf. D’une incroyable propreté : trottoirs balayés, carrières hersées, gazon rasé de près. Pas un crottin au sol – comme s’il n’y avait pas un seul cheval ici. Il y en a pourtant une bonne cinquantaine : des orlovs principalement, un ou deux trakehner, un ou deux hannovriens. Et quantité de poneys. Hébergés dans d’impeccables écuries, aussi propres que le reste, utilisées d’ailleurs en dessous de leur capacité (150 boxes spacieux).


Des chevaux russes, des chevaux allemands, des poneys anglais : n’y a-t-il donc pas de chevaux coréens ?


Patience, patience....(Petite géographie amoureuse du cheval, page 31-32)


« Cow Boy sans peur, chevaux sans reproches » (États Unis)


Le ranch de Bayard porte le joli nom de Bitteroot « racine amère », petite fleur rose qui pousse en abondance alentour, au milieu du sauge et, naturellement, de cette illustre « herbe verte » célébrée par l’écrivain Mary O’Hara. Nous sommes ici, en effet en plein Wyoming, un des cinquante États de l’Union. Le moins peuplé, le plus sauvage et peut-être le plus beau ! En tout cas le plus émouvant pour les amateurs de chevaux. C’est là, en effet, que vivait, il y a quelque 60 millions d’années, le premier ancêtre du cheval, qui n’était, parait-il, pas plus grand qu’un lapin. C’est du moins ce qu’affirme Catherine Bastide dans un dossier de licence d’archéologie consacré aux rapports entre les chevaux et les Indiens d’Amérique (dont une tribu, les« Nez-Percés », a « inventé » comme chacun sait une race magnifique, l’appaloosa ! (Petite géographique amoureuse du cheval, p. 578).


« Des chevaux dans la ville » (Europe)


A la différence de Paris, qui fait preuve à l’égard du cheval d’une incroyable ingratitude, la ville de Londres, au contraire, ne cesse d’honorer le noble animal et de lui témoigner admiration et reconnaissance.


Alors que la circulation dans la capitale française reste sinon interdite, du moins fortement découragée, ou soumise à autorisation de la Préfecture de police, des allées de Hyde Park sont toujours réservées aux cavaliers et à leurs montures. Et tandis que les régiments de la reine continuent de parader aux environs du Palais de Buckingham, les quelques 500 chevaux de la Garde républicaine française, eux, restent confinés la plupart du temps dans le quartier dit des Célestins, près de la Bastille. Un conseiller écologique de la municipalité parisienne, Yves Contassot, a même été jusqu’à suggérer qu’on les déloge de là, sous prétexte que leur présence (on croit rêver) polluait l’athmosphère ! (Des chevaux dans la ville, p. 549, Petite géographie amoureuse du cheval).


« Saint Jumaux et chevaux sains » (Russie)


En Russie, ce ne sont pas les cavaliers qu’on bénit : ce sont les chevaux. Pas seulement les chevaux de chasse. Non, tous les chevaux. Les chevaux de paysans et les chevaux de soldats. Les chevaux de trait, d’attelage ou de selle. Les juments et leurs poulains, les étalons et les hongres, les jeunes et les vieux...


Et cela se pratique – Dieu soit loué ! - de plus en plus : au cours du seul été 2000 et dans la seule région de Moscou, nous avons pu assister à trois cérémonies du genre. L’une à Borodino (une centaines de kilomètres à l’Ouest), une autre à Yam (sud-est), une autre encore à Novogorsk, dans la proche banlieue.


Cette belle tradition, pourtant, a failli disparaître, emportée, comme tant d’autres, dans la tourmente de la révolution bolchevique. Qu’elle ait survécu à soixante quinze ans de communisme mais également à la quasi disparition, ici comme ailleurs, des chevaux des villes et des campagnes – cela relève du miracle. (Petite géographie amoureuse du cheval, p.475)


« Des chevaux, des généraux et des griots » Côte d’Ivoire


Le 24 décembre 1999, un drôle de Père Noël galonné s’empare du pouvoir sous les vivats de la population. Le général Robet Gueï, c’est son nom, se proclame chef de l’Etat. Saint cyrien, breveté para, mais surtout cavalier dans l’âme (?), Gueï ne fait confiance à personne. Sauf à son cheval. Le cheval gris, presque blanc qui lui sert à la fois de fétiche et de monture. Tel Caligula, il en fait, sinon un sénateur, du moins un protecteur.


Lorsque neuf mois plus tard, le nouveau président ayant à son tour provoqué l’exaspération, des mécontents songent à se débarrasser de lui, ils ne se trompent pas de cible : c’est le cheval qu’ils assassinent.


Ainsi privé de son ange gardien quadrupède, le général piéton ira, dès lors, de défaite en défaite : battu aux élections d’octobre 2000, et abattu lors des émeutes de septembre 2002. (Petite géographie amoureuse du cheval, p. 391).


« Kadhafi : pas si mauvais cheval que ça » (Lybie)


Pierrette, pas gênée du tout, fit son travail de téléreporter avec tout le professionnalisme qu’on lui connaît : pas plus difficile, après tout, d’interviewer Mouamar Kadhafi que Jean-Paul Gallorini !


L’entretien terminé, Pierrette et Mouamar, c’était inévitable, se mirent à parler cheval, un peu comme des commères parlent chiffon. Les propos du colonel, tenus hors caméra, sont intéressants et dénotent, sur ce sujet aussi, un esprit original. Quelques exemples : « Il faudrait interdire les courses d’obstacles. Le cheval aime la course, mais sauter n’est pas dans sa nature. Pourquoi le forcer ? L’obliger à faire ce qui ne lui plaît pas ? » Ou encore : «  Il paraît que les Français mangent de la viande de cheval ? Quelle horreur ! Il faudrait interdire ça. C’est de la sauvagerie. D’ailleurs, manger la viande est un comportement barbare. Il faut devenir végétarien. » A entendre de tels propos, on comprend bien que Kadhafi n’était pas un si mauvais cheval que ça. (Petite géographie amoureuse du cheval, p.376)


« Le cheval, l’olive et le caviar » (Asie centrale)


Si le cheval joue, en Azerbaïdjan, on l’a vu, un rôle très politique, il occupe une place plus importante encore dans un autre pays riverain de la Caspienne, situé juste en face : le Turkmenistan, dont la capitale porte le joli nom d’Achkabad, ce qui signifie la « ville de l’amour ».


A la différence de l’Azerbaïdjan, j’ai fréquenté ce pays assez souvent et depuis assez longtemps. Parce qu’il est le berceau d’une race (de chevaux) extraordinaire : l’akhal-téké.


Certes le cheval karabakh ne manque pas de charme – mais l’akhal-téké, c’est autre chose. Il est aussi différent des autres chevaux que le lévrier, par exemple, est différent des autres chiens. C’est un être presque surnaturel, d’une grâce à nulle autre pareille, d’une finesse, d’une élégance incomparable.


Mille légendes entourent ses origines et son histoire. Bucéphal, ce serait lui. L’ancêtre de tous les chevaux « pur sang », ce serait lui. Le cheval céleste chanté par les Chinois, ce serait encore lui. Tout juste si les Turkmènes (sunnites) ne prétendent pas – qu’Allah leur pardonne – qu’Al Buraq, la centauresse qui transporta le Prophète au ciel lors de son célèbre voyage nocturne, aurait été mi-femme, mi akhal-téké. (Petite géographie amoureuse du cheval p. 190.)

26/04/2017

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