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Hymne à Marcus Ehning

(en ligne le 23 décembre 2009) Sa couleur favorite est le vert – la couleur de Rolex et du Top Ten qu’il vient de remporter à Paris-Villepinte lors du CSI 5* Gucci. Mais ce n’est pas parce qu’il a gagné vendredi qu’Ehning est unique. Voilà 25 ans que le « meilleur Photo 1 sur 1
cavalier mondial » monte des chevaux au plus haut niveau - il avait 20 ans, en 1994, lors de sa première participation à des championnats d’Europe – c’était à Athènes, et il finit médaille d'or par équipe avec Opium II. Et depuis, chaque parcours, fautif ou non, est un modèle de ce que peut être l’équitation quand elle touche à l’art.
Si Marcus Ehning avait, enfant, opté pour le violon et maîtrisé son instrument comme il monte à cheval, il serait l’égal de Yehudi Menuhin. Et comme lui, il vous donne la chair de poule quand vous le regardez sur un tour. Les cavaliers de cette trempe se comptent sur les doigts de deux mains, depuis Hans Gunther Winckler, Alwin Schokemole et quelques autres. Chacun des parcours de Ehning est déroulé comme un pas de deux, maîtrise des courbes, cadence adéquat, fluidité, rythme constant, une chorégraphie qui coupe le souffle et contredit tout ce qu’on sait de la complexité du saut d’obstacles : pratiqué par Marcus Ehning, le Jumping, c’est simple comme un haiku. Une manière unique d’enchaîner galops, tournants et obstacles comme s’il s’agissait de la même allure, sans les aléas de la pesanteur. Pas d’à-coups, pas de reprises « visibles » même sur des distances « techniques », comme on dit par euphémisme pour ne pas dire impossibles. Les chevaux de Marcus Ehning sont « avec » leur cavalier comme s’ils étaient leur frère siamois. On a la sensation que le cavalier dispose des quatre pieds de son cheval, qu’il les place là où il veut, là où il faut. Les doigts se ferment sur les rênes – geste invisible à l’œil nu – et le cheval se grandit, amplifie son allure et son rassembler. Il n’est jamais tout à fait assis dans sa selle, et au planer, ses jambes restent comme fixées à la verticale. Aussitôt l’obstacle franchi, sans mouvement apparent de la tête, son regard a déjà fait le nécessaire pour ajuter la trajectoire. Son cheval n’est donc jamais surpris : l’alchimie est dosée au millimètre près et la confiance est totale.
Il en faut de la gymnastique, du dressage – ce qu’on appelle inesthétiquement « travail sur le plat » – pour arriver à cette harmonie, à cette précision ! – d’ailleurs, le Suédois Rolf Goran Bengtsson, médaille d’or aux derniers JO, dit de lui que c’est le meilleur dresseur de tous. Le génie d’une équitation épurée comme un chef d’œuvre. Alors, forcément, quand il parle devant les micros, on est déçu. Il ne sort pas d’un discours convenu, de ceux dans lesquels tous les sportifs s’affirment très contents de leurs résultats et espèrent faire mieux la prochaine fois. Mais on ne peut pas faire du dos du cheval un paradis, communiquer avec les équins en sorcier et en même temps se transformer en expert es communication médiatique ! De ci de là on apprend quelques bribes de la vie de cet elfe à la chevelure dense et rousse, têtu, qui aime le jus de pomme et admire Tom Hanks, et dont le film préféré est, comme par hasard, « Forrest Gump », ce simple d’esprit aux mille exploits… Ce qui ne veut pas dire qu’Ehning n’a pas la tête bien faite : à ce niveau-là les sports équestres ne sont pas affaire de décérébrés…
Il veut durer dans son sport, Marcus Ehning, qui travaille en Allemagne avec son frère Johannes, lui aussi cavalier de haut niveau. Et s’il dit admirer particulièrement deux cavaliers, Ludger Beerbaum et John Whitaker, c’est aussi pour leur longévité sur le circuit mondial.
Marcus Ehning a commencé à monter à l’âge de sept ans, avec sa sÅ“ur Kerstin, dans un centre équestre. Son père élevait du bétail, sa mère était prof… Et le jeune garçon est beaucoup tombé de ses premiers poneys…
Il faut l’avoir vu, sur le paddock de Villepinte, reprendre le cheval d’une jeune cavalière et sauter quelques obstacles : en dix minutes, le cheval s’était modifié physiquement, et son Å“il avait changé. C’était juste avant une épreuve dans laquelle Marcus Ehning a mal jaugé une courbe : Plot Blue, un de ses chevaux de tête n’a pu éviter le 4 points. Et dimanche, dans le Grand Prix Gucci, il se lançait avec Leconte. Le couple finit avec 13 points, mais le parcours était plus beau à regarder que bien des sans-faute… Même, si, on le sait, l’essentiel est de gagner ! Ce que Marcus Ehning fera encore, aidé pour cela par une brillante cavalerie, après le célèbre For Pleasure à la retraite chez lui : Sandro Boy, Sabrina, Vulkano, Leconte, Nolte’s Küchengirl et le beau Plot Blue… Il paraît qu’il a aussi dans ses écuries une dizaine de chevaux très prometteurs… Qu’il emmènera sur toutes les pistes du monde de son galop enlevé léger comme une bulle de savon et sa main à la douce expertise.

Sara Matthieu

17/12/2009

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