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Elevage de Céran : vers une renaissance


12/09/2019
    
Fondé par le Dr vétérinaire Jacques Bouchard-Doat à Céran dans le Gers, l’élevage de Céran, repris par son petit-fils Gautier, cavalier et éleveur dans l’âme, est de retour sur la scène de l’Anglo-arabie. Dépositaire de la culture de son ancêtre, naisseur d’Exocet de Céran (Fougueux et Sapristi IV x Nouredine du Lirac) souche d’Ebène, entre autres, Gautier fait revivre ce magnifique site en puisant dans les meilleures souches du stud-book avec une philosophie bien à lui.


De l’élevage du grand-père, Gautier a gardé une fille d’Exocet, Plume de Céran avec pour mère Futée de Céran – qui a produit à l’élevage de Riverland et à celui de la Louvroie avant de disparaître il y a 2 ans à l’âge de 24 ans – et pour père de mère Quatar de Plape.


« C’est la souche de Vertu, indique Gautier, une très bonne souche, quasiment éteinte. C’est dommage car pour moi elle était aussi bonne que celle du Maury. Il y a eu 4 ou 5 chevaux, purs anglo, qui ont sauté 150. J’ai racheté la mère de Prestige Kalone, Blague du Maury (Veloce de Favi et Jasione x Samuel), sœur de Quercus du Maury, tante de Fusain. C’est la dernière fille de Jasione et juste après j’ai acheté une des filles de Blague, Bellaventure Kalone, une Kannan, très importante. Blague toise 1,62 m et elle fait 1,74 m. Cette jument n’a jamais fait de concours. Elle a été saillie à 2 ans et son premier poulain, Ermitage Kalone (Catoki) à 5 ans. Il est en Belgique et c’est un très bon cheval. J’ai deux poulains de lui cette année. Du coup je fais des transferts avec elle. J’ai eu deux Emerald cette année, un Emerald l’année d’avant que j’ai vendu sous la mère. Je garde une de ses filles par Potter du Manaou, donc c’est la 1/4 sœur de Prestige, puisque Prestige est un Potter du Manaou. Son papier n’est pas loin de celui de Prestige. Je ferai des transferts avec elle. Ensuite je garde une Cicero Van Paemel de Blague qui a 2 ans, qui s’appelle H de Guerre Ceran, qui sera à la reproduction l’année prochaine. Je garde aussi une fille de Blague par Emerald pour la reproduction.


J’ai acheté il n’y a pas longtemps une pouliche qui a 3 mois, qui est une Kapitol d’Argonne avec la souche d’Inchalaa. C’est une souche de François de la Béraudière. Sa grand-mère, Kartina de Rouhet a été achetée par Anne Testelin dans le Nord (élevage de Vimage). Son papier est très proche de celui de Blague puisque c’est une Véloce de Favy. La mère de cette pouliche, Resena de Rouhet est par Mokkaïdo, étalon qui a très peu produit en France - il était en Italie - mais que nous on aime beaucoup. Kapitol d’Argonne a ramené du modèle. Reste à savoir comment elle va produire mais j’aime ce courant de sang Apache d’Adriers-Galoubet et amener ça sur l’Anglo ça me semble intéressant. Je vais aussi en faire une mère de cette pouliche. Pour moi les deux meilleures souches en Anglo c’est la souche du Maury et cette souche-là qui a été exploitée en Italie. Ce sont des souches qui demandent à être croisées. En race pure, les chevaux sont bons mais manquent de force. Peu sautaient en Grands Prix. C’est le problème qu’il y a eu dans la région. Les gens n’ont pas croisé assez, ils sont restés à s’enliser dans l’Anglo et à dégrader la race en mettant une petite jument d’1,60-1,62 m avec un étalon d’1,60-1,62 m. On n’arrivait pas du coup à amener des moyens et de la force. On tourne toujours un peu en rond avec les mêmes souches. Il y avait certains étalons Anglo qui ramenaient de la force quand même mais ce n’est pas spécialement ceux qui ont été utilisés. Bon, c’est facile de refaire le match 20 ans après…. »


Vous n’êtes pas partisan du maintien la race pure ?


« La race pure, elle est morte et à mon avis la race Selle-Français aussi. Bientôt on aura une race européenne. Aujourd’hui on a des chevaux Selle Français qui n’ont quasiment plus de sang Selle-Français pur. Pour moi tout ça, c’est déjà derrière nous. On achète des paillettes dans tous les pays d’Europe, parler de race, c’est déjà être en retard.


J’adore l’Anglo-Arabe, j’adore le Selle-Français pour les qualités qu’ils ont, mais je les utilise dans le but de faire des bons chevaux. Pour moi un bon cheval c’est un cheval qui a du courage, du sang. On peut utiliser l’Anglo Arabe pour ces qualités-la, pour son courage, son énergie, ses réflexes. Pour la force et les moyens, on le croise avec des étalons étrangers ou Selle Français dans le but de faire un très bon cheval. Peu importe l’étiquette… L’anglo-Arabe, je l’utilise pour cet objectif là mais avec les femelles parce que j’ai l’impression que ce qui marche très bien c’est d’utiliser des juments de supers grandes souches anglo et de les croiser. L’inverse n’est pas vrai. Si on prend une Selle-Français qui a de la force mais qui manque un petit peu d’énergie et qu’on va y mettre un étalon Anglo et en particulier ceux de la souche de Blague parce qu’il n’y a quasiment qu’eux aujourd’hui, on voit que les résultats sont souvent ordinaires, ça ne marche pas très bien. Mais ça ce sont les secrets de la génétique, on ne le sait qu’après, quand d’autres ont essayé ».


Combien de naissances cette année ?


« J’en ai fait six pour des clients et cinq pour moi. En fait ici je reçois beaucoup de chevaux à l’élevage, beaucoup de poulains d’élevage, beaucoup de jument à pouliner, parce que les gens trouvent que je fais bien, parce que j’ai des installations et que j’essaie de faire tout en m’appliquant. Je propose surtout de la pension-élevage pour des gens qui n’ont pas les installations pour le faire. Je ne suis pas inséminateur, je travaille avec Dr Semirot qui a une clinique à 15 mn et qui est spécialiste en reproduction. Il fait tous les suivis ici, c’est pour ça qu’on intéresse aussi les gens ». 


Côté poulinières, ça se passe comment ?


J’ai Blague du Maury mais qui est difficile et qui ne prend pas bien ; sa fille Bellaventure qui est pleine de Clarimo ; Plume de Ceran, celle dont j’ai parlé qui est le croisement de nos deux souches, Vertu et Ebène, pleine d’Emerald ; Gachette de Ceran, qui est une Potter du Manaou avec Bellaventure, vide. C’est une grande et chic pouliche au papier intéressant ; une Kannan croisée avec un Anglo pur, pour essayer de revenir quand même dans la génétique Anglo-Arabe. Comme elle est sympa et que je n’ai plus d’anglo pur dans les femelles, je me dis qu’il faut la garder. Ce qui était très, très bien en Anglo, mais on ne peut plus l’avoir, c’est Ryon d’Anzex, qui fait l’unanimité par le biais de Jarnac, le père de mère de Ryan des Hayettes, de Potter qui a fait Prestige. Il avait ce côté courage et niaque et transmettait de la force dans le dos. Don Giovanni du Bearn, qui fait la monte chez Thierry Ripoche, est bien marqué par Ryon. d’Anzex. Il y a aussi Popayann, un peu pendant devant mais avec beaucoup de force dans le dos. C’est le père, entre autres, de Vadrouille d’Avril, anglo pure, bonne gagnante 145-150 avec Olivier Robert. C’est la souche que je viens d’acheter avec ma pouliche chez Anne Testelin, souche de Resena (mère de Ultra de Rouhet entre autres), souche Anglo que je trouve très, très bonne. Elle commence seulement à être croisée avec des chevaux qui ont de la force. Côté pères, il y a aussi Fougueux (père d’Exocet) et son frère Mokkaido, qui ont très peu produit. Chez nous, l’année des E, on en avait eu trois Fougueux et les trois ont sauté 1,50 m, tous anglos purs ». 


Valorisation et commerce, vous envisagez cela comment ?


« Pour ce qui est de l’exploitation et de la valorisation des chevaux, je trouve que le seul marché rentable et celui des chevaux entre 5 et 8 ans. Le marché des plus jeunes n’est pas spécialement rentable. Il est plus judicieux d’attendre lorsque les chevaux sont vraiment bons. Mais surtout je trouve qu’attendre un peu permet de davantage respecter ses chevaux, leur croissance et leur mental. Je suis stupéfié par la cadence à laquelle les bons chevaux sont abimés bien trop jeunes et la courte durée qu’ils ont à haut niveau pour ceux qui y parviennent. Je pense qu’il faut beaucoup plus préserver les jeunes chevaux et c’est pour cela que je ne suis pas pour tous les circuits de jeunes que ce soient les 2 et 3 ans ou plus tard par le biais de la SHF. Je trouve que le système des cycles classiques pousse les cavaliers à trop vouloir chercher le sans faute au détriment de la formation du jeune cheval, de son physique et de son mental. La plupart des chevaux qui font tous les cycles classiques sont déjà usés avant de commencer leur véritable carrière. Pour moi les parcours sont trop hauts, les efforts trop rapprochés et surtout les cavaliers craignent trop la faute et du coup les chevaux n’apprennent pas assez. Je fais bien entendu ce constat pour moi aussi… 


Pour ce qui est des 3 ans, le problème c’est qu’ils sont encore trop bébés pour fournir de gros efforts et on risque de les abî3mer en leur faisant faire les présentations pour les ventes. De plus le commerce des 3 ans est complètement pollué par les pratiques de préparation excessive de certains professionnels. Ceci casse le marché car l’oeil de l’acheteur est faussé et on ne sait plus juger les bons des mauvais. Je trouve que les grands acteurs des ventes aux enchères et des associations de race ne combattent pas assez ce phénomène et même souvent le favorisent. Ils ont tort car c’est toute la filière du 3 ans qui est décridibilisée et beaucoup de bons chevaux sont abîmés à vie ». 


Vous êtes un vrai passionné.


« C’est ça qui me fait compenser tous les problèmes de malchance et qui me donne envie de continuer. En gros, moi je suis sûr de la recette. Après le problème c’est qu’il ne faut pas avoir trop de coups durs. Et puis il faut pouvoir tenir, parce que quand j’ai repris, il y avait tout à relancer. Il fallait recréer le cheptel de poulinières et quand on fait ça on sait qu’il y en a pour 10 ans, donc financièrement ça veut dire quand même qu’il faut pouvoir investir dans des saillies, faire des installations. C’est énorme. Ici j’ai pu récupérer de la terre en fermage, il y avait une base qui n’était pas très importante, mais qui m’a permis de faire mes investissements petit à petit. Mes parents m’ont aidé un peu financièrement quand ils pouvaient pour m’acheter une pouliche pour me faire une mère. Je n’ai pas eu tout servi sur un plateau. Ce qui m’a le plus aidé c’est cet héritage qui m’a passionné, qui m’a fait comprendre la génétique ».


Ça vous inspire quoi une technique comme l’ICSI ?


« Ça me fait me poser beaucoup de questions et ça me fait peur. Je vois que ça casse complètement le marché du foal, de l’embryon. Je fais du haut de gamme mais la personne qui veut du haut de gamme elle va aller chercher vraiment l’effet mode, ça me fait peur parce que génétiquement je vois bien qu’on resserre l’étau et qu’on a de moins en moins de diversité génétique ». 


Recueilli par ER




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Journal Le Cheval n°319 du 4 Octobre 2019


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