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Coupe du Monde fei attelage indoor : la régularité Suisse à Lyon


13/12/2018
    
Les amateurs de grand spectacle en attelage se sont levés tôt le samedi 3 novembre pour assister à la première manche de l’étape lyonnaise de la coupe du monde FEI, la deuxième manche se déroulant au contraire le dimanche après-midi, juste à la suite du Grand Prix. Sept équipages parmi les tout meilleurs mondiaux ont offert un superbe spectacle sur la piste montée par des bénévoles fournis par l’Association Rhône Alpes Attelage, très présente tout au long du salon. Le public, nombreux et averti, manifestait un tel enthousiasme que l’on se demande comment les chevaux pouvaient encore entendre les indications des meneurs.


Pour permettre aux meneurs d’exprimer totalement leur technique, le parcours, combinant marathon et maniabilité, consistait en deux grandes diagonales, avec pile au centre de la piste un pont, toujours très spectaculaire, ne serait-ce que par le bruit des quatre chevaux lancés en plein galop, même si en fait il ne présente pas de difficulté particulière. Un U, placé lui aussi au centre, demandait plus de concentration car on y arrivait en plein galop et il fallait des chevaux très à l’écoute et réactifs pour négocier le virage sans perdre le train ni faire tomber de balle. Le Français Benjamin Aillaud s’y est du reste fait prendre. A chaque extrémité de la piste, une construction de type marathon comprenait 6 à 7 portes autour desquelles les attelages devaient littéralement s’enrouler, ce qui demandait une opposition très longue de la part des timoniers.


Le samedi a vu s’affirmer en première manche la suprématie hollandaise : au terme de la première épreuve se retrouvait en lice pour le barrage pas moins que l’équipe médaillée d’argent à Tryon : Ijsbrand Chardon, Koos de Ronde et Bram Chardon, les deux seuls à parvenir au sans-faute devant le Hongrois Jozsef Dobrovitz, l’Américain Chester Weber, récemment médaillé d’argent en individuel et d’or par équipe à Tryon et le Suisse Jérôme Voutaz, 5e à Tryon qui est passé de la 3e à la 4e place après visionnage vidéo par les juges à propos d’une balle tombée juste après le passage de la ligne d’arrivée. Il devait prendre haut la main sa revanche pour la deuxième manche, le dimanche. Les compteurs étaient remis à zéro; malgré un sans-faute, Dobrovitz n’était pas assez rapide, Benjamin Aillaud et Ijsbrand Chardon se voyaient chacun pénalisé de 2 fautes et Chester Weber, après un début magnifique, se trouvait en difficulté technique et enchaînait les renversements d’obstacles. Au barrage, la machine Chardon se dérègle, mais le suspense reste entier jusqu’à la dernière porte franchie par Koos de Ronde avec une petite faute, alors qu’il était le plus rapide. C’est donc Jérôme Voutaz qui s’impose avec ses Franches-Montagnes auxquelles il n’a pas cessé de rendre un émouvant hommage tout au long de la remise des prix, et c’est vrai que tous les autres attelages étaient composés en très grande majorité de lipizzans. 


Comme c’est devenu la tradition, et sous les applaudissements enthousiastes d’un public suisse nombreux et démonstratif, qui venait déjà d’assister à la victoire de Martin Fuchs dans le Grand Prix, les attelages ont ensuite offert un magnifique spectacle de dextérité et de rapidité après la remise des prix effectuée par Sylvie Robert, Régis Bouchet, responsable attelage et membre du Comité Directeur de la Fédération et Manuel Bandeiro de Mello, responsable de l’attelage à la FEI.


Ce même dimanche, l’Association Rhône Alpes Attelage, présidée efficacement par Denis Grabowski, et dont le Vice-Président Vincent Faure était chargé de l’organisation offrait sur la carrière animation un spectacle de bonne tenue et de même type marathon/maniabilité présenté par les meneurs régionaux dont plusieurs ont déjà démontré leur qualité au niveau national, voire international comme François Vogel ou Sébastien Mourier, absent ce jour-là car il a rejoint les écuries du n°1 mondial Boyd Exell. 


Entretien avec Luc Astegiano, coéquipier de Chester Weber.


« J’ai découvert l’attelage dans l’Ain chez Michel Robin alors je cherchais à meubler mes vacances en m’occupant de chevaux. Il était alors dans le circuit Championnat de France à 4 chevaux, et en le suivant j’ai fait la connaissance de nombreux meneurs. Je me suis passionné pour cette discipline et je suis allé chez différents meneurs tout en poursuivant mes études : François Vogel et Denis Sanudo en France puis lorsqu’il a vendu son attelage à Gilles Couturaud et Laurie, comme ils cherchaient un coéquipier et que j’avais fait 3 saisons avec Denis Sanudo ils m’ont contacté. (Laurie de Toulouse Lautrec est « tombée dans l’attelage » toute jeune, à la suite de sa mère Miranda qui suivait l’attelage à 4 chevaux de Georges Caroly). J’ai alors abordé le haut niveau avec eux puisque nous avons participé aux Jeux Equestres Mondiaux à La Haye en 1994. Après le décès de Gilles, en 1995, je suis resté pour donner un coup de main à Laurie qui se retrouvait seule avec tous les chevaux et poneys et 3 enfants. 


Après notre mariage, Laurie a réattaqué la compétition avec un attelage de 4 poneys. Elle est Américaine de naissance et possède la double nationalité. Installée en France, elle menait son attelage de 4 poneys au plus haut niveau sous les couleurs françaises jusqu’en 2007. Puis elle a repris une licence américaine, et défend donc les couleurs américaines sur différents internationaux. Tout s’est alors enchaîné assez vite : l’entraîneur des Etats-Unis était Boyd Exell, qui cherchait un groom. Je suis resté avec lui à peu près un an et demi, pour le dépanner. Aux JEM de Lexington en 2010 je suivais l’équipe américaine composé e de Chester Weber, James Fairclough et Tucker Johnson. Tucker n’avait accepté de participer à ces jeux que si on lui fournissait un navigateur « qui tienne la route ». L’Allemand Mickael Freud, qui était alors entraîneur des Américains me propose et j’ai fait avec Tucker sa dernière saison où nous avons gagné l’argent par équipes et le bronze en individuel.


Chester qui avait réalisé une très mauvaise performance au marathon alors qu’il était second après le dressage m’a demandé de travailler avec lui, et cela fait 9 ans que nous sommes ensemble. Au début, j’allais beaucoup aux Etats-Unis, à présent je ne le rejoins que pour les concours en Europe. Ses chevaux pour le indoor sont en Hollande, et les autres aux USA, ce n’est pas simple. Ce n’est que sa deuxième saison en Indoor, il est donc quasiment débutant par rapport aux autres dans cette discipline où il faut allier vitesse et technicité; mais il est très bosseur, pour la technique il est très au point, reste à adapter cette technique à la vitesse, mais il va y arriver, cela ne fait pas de doute. A Lyon, il a été bon samedi mais a eu du mal à enchaîner deux journées. Il faut aussi beaucoup de concentration et il a dû faire un aller-retour à Münich le samedi soir.


C’est aussi cette alliance de technicité et de vitesse qui explique la prééminence absolue des lipizzans en indoor. C’est du fractionné comme en athlétisme. Il faut des chevaux qui ne soient pas fragiles, capables de subir de très longs trajets puis, quasiment à la descente du camion, d’assurer une épreuve avec une préparation minime. Ce sont des chevaux forts, qui peuvent exploser à la sortie d’un obstacle et revenir instantanément au calme. Ils ont à la fois le côté rustique, solide, avec un cœur un or, tout en étant ultra puissants. De plus ils ont une taille autour de 1,55 m qui les rend très maniables dans les obstacles tout en restant réactifs. En même temps, ils sont très froids et peuvent encaisser l’ambiance très particulière du indoor avec le bruit et le chauffage. Seul Boyd Exell continue à utiliser des belges ou des allemands, en sus bien sûr de Jérôme Voutaz avec ses exceptionnels Franches Montagnes.


Sur les autres concours du circuit coupe du monde le mariage attelage/CSO fonctionne très bien. Cela a été initié à Aix La Chapelle : pour le « drive and jump », on sélectionnait les 6 meilleurs meneurs individuels en dressage et on associait à chacun un cavalier de complet et un d’obstacle pour constituer une équipe où chacun a un parcours à faire dans le grand Stadium. C’est un spectacle magnifique, que le public allemand adore. Que ce soit à Stuttgart, Genève ou Malines, c’est vraiment l’épreuve la plus attendue, notamment à Stuttgart où règne une ambiance très particulière avec un public passionné. 


C’était une première pour Lyon, mais une belle réussite. Quentin Simonet (l’entraîneur national) m’a demandé mon avis parce que je me déplace partout, et sincèrement je pense que c’est un des meilleurs concours que j’aie vue en terme d’organisation. C’est en grande partie à mettre au crédit de l’Association Rhône Alpes Attelage : l’accueil était génial, les bénévoles très à l’écoute, toujours prêts à se décarcasser pour nous procurer ce que nous pouvions demander. 


Aujourd’hui, j’assure l’intendance et la logistique pour Laurie qui continue sa carrière internationale, et je donne un coup de main à l’occasion à Chester, mais nous nous consacrons de plus en plus à notre élevage de poneys Welsh destinés à l’attelage dans la région de Limoges ».




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Journal Le Cheval n°309 du 08 Mars 2019


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