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Alexis Gruss au CSI5* de Bordeaux : entretien


15/12/2017
    
Le Jumping International de Bordeaux 2018 propose le 1er février, en ouverture, un spectacle équestre exclusif : le cirque Alexis Gruss. Maître écuyer de renommée internationale, Alexis proposera à Bordeaux une création spécialement mise en scène pour le Jumping. Quarante chevaux et douze écuyers et artistes seront présentés sur la piste bordelaise. Un moment à découvrir au Parc des Expositions. 

Issu d’une immense famille de cirque, Alexis a su préserver la tradition de cet art à l’ancienne. Cette fameuse piste de 13 mètres, importée d’Angleterre par Philip Astley en 1774, est le lieu que la famille Gruss occupe depuis six générations et fait vivre avec brio, fidèle ainsi à la définition du cirque inventé par et pour le cheval. Elle y élabore chaque année de nouvelles créations à partir d’un répertoire équestre unique. 

Pour ce spectacle, quarante chevaux et douze écuyers et artistes seront présentés sur la piste bordelaise. Des chevaux de races variées – frisons, PRE (pure race espagnole), pur-sang arabes, lusitaniens, falabella (chevaux miniatures argentins), cobs normands et chevaux de trait russes – sont les complices des prouesses équestres de la famille Alexis Gruss transmises de génération en génération : voltige, portés, jonglage et acrobaties à cheval, pas de deux, carrousel, numéros de voltige jockey et une époustouflante et rare poste à dix-sept étalons ! 

Cette création, mise en scène par Stephan Gruss, illustre des savoir-faire exceptionnels dans les trois grandes spécialités équestres de la piste : la liberté, la haute école et l’acrobatie équestre. La famille Gruss donnera ainsi à voir un patrimoine immatériel d’exception qu’elle seule sait encore placer au cœur des spectacles de cirque. 

Alexis Gruss : une vie dédiée à la tradition du cirque

Comment sont nés les cirques équestres dont vous êtes un petit peu le conservateur ?

Pour moi, les mots «cirque» et «chevaux» sont indissociables. L’histoire du cirque est liée à l’histoire du cheval. L’origine de la piste de 13 mètres de diamètre remonte à 1768 et on la doit, dit-on, à un Anglais, Philip Astley qui a été le premier à faire payer les gens pour assister à des présentations équestres. Il a été le premier à créer cet espace, à monter des gradins autour et à mettre une bâche au dessus du tout. Et comme cela ne marchait pas très bien en Angleterre, il l’a importé en France en 1774, rue des Vieilles-Tuileries avant de s’installer rue du Fg du Temple. Deux siècles plus tard, Sylvia Montfort, qui était directrice du centreculturel de la Ville de Paris, a créé une exposition sur le cirque; pour fêter l’événement qui rencontrait un tel succès elle a décidé de faire venir un cirque et m’a contacté. J’ai donc installé mon chapiteau dans la cour de l’Hôtel Salé et le 25 mai 1974, je donnais ma première représentation parisienne pour fêter le bicentenaire de l’arrivée du cirque dans la capitale. 

Est-ce un vrai défi aujourd’hui de pérenniser cette tradition?

Aujourd’hui, il est toujours difficile de faire quelque chose qui sorte des sentiers battus. C’est un problème que rencontrent beaucoup d’entreprises, mais plus particulièrement quand on gère 60 chevaux et l’humain qui va avec... en 2017, c’est très compliqué. D’autant que chez nous, nous nous produisons 12 mois sur 12 et travaillons pratiquement 24 heures sur 24 quel que soit le temps, la température. Quelque chose qui n’a pas bougé depuis 1854, l’époque où mon aïeul a créé le cirque Gruss. Le tout est de s’adapter, de se remettre en question. Le mouvement en avant est crucial; tout ce qui stagne croupit, il faut donc agir, prendre des risques, relever les défis, ce sont les ingrédients de la vie.

Combien de cirques au monde présentent encore des chevaux aujourd’hui?

Il y a le cirque Knie en Suisse, qui sont des amis, ainsi que le cirque Krone en Allemagne. Nous sommes donc trois cirques avec une piste de 13 mètres de terre végétale et dont l’essence reste les chevaux. Ensuite, il y a quelques cirques qui présentent des numéros équestres avec de plus petites cavaleries.

Douze membres de votre famille constituent l’essentiel de votre troupe d’artistes : est-ce plus simple ou plus compliqué à gérer qu’une compagnie constituée d’artistes extérieurs?

Vous savez, tout rassemblement de personne est toujours très compliqué à gérer, famille ou non. Déjà, vivre à deux est parfois compliqué, mais c’est une aventure absolument extraordinaire. Vous m’appelez alors que je suis dans ma caravane et en face de moi, il y a la caravane de ma fille, un peu plus loin, celle de mon fils Stephan, puis celle de mon fils Firmin, puis mes petits-enfants etc. si bien que l’on appelle cette rue la Grüssstrasse (Rue Gruss en allemand)! Et ce que j’ai appris de ma mère est que pour maintenir une famille, chacun doit vivre chez soi, mais tous ensemble. Personne ne va mettre le nez dans les affaires des autres. Le secret du vivre ensemble, à deux ou à plus, c’est le respect. Il s’agit de ne pas s’occuper de ce qui se passe dans les autres caravanes! C’est une règle de société pour ne pas céder à l’instinct qui est un aspect antipathique de la nature mais que l’homme peut contenir grâce à la réflexion et à l’éducation.

Comment «convertit-on» un spectacle mis en scène et présenté habituellement sur une piste de 13 mètres (133 m²) pour une piste d’environ 3 500 m2?

Nous avons un peu l’expérience de ces grandes pistes car nous nous sommes produits à Bois-le-Duc, aux Longines Masters de Paris, au Saut Hermès ou encore à Equita Lyon. Mais ces grandes pistes ne sont pas trop mon truc, car nous travaillons sur notre piste de 13 mètres et nous resterons sur cet espace. Ce qui est intéressant, c’est de sortir de chez soi pour aller rencontrer d’autres publics.

Depuis le début de l’histoire de l’humanité, le cheval a toujours été un lien social et 5 000 ans plus tard, grâce notamment au Jumping de Bordeaux et aux autres concours, j’entretiens cette fonction. Mais j’accepte ces sorties à la condition de pouvoir conserver notre espace scénique de 13 mètres de diamètre. Quand on me dit que cet espace pourrait être ridicule au milieu d’une grande piste, j’explique que lorsque les gens vont au Stade de France voir un match de football, les 80 000 spectateurs sont capables de suivre un ballon rond de quelques centimètres de diamètre.

Verrons-nous à Bordeaux des choses, des numéros encore inédits?

La mise en scène sera assurée par mon fils Stephan et nous voulons faire des choses que nous n’avons jamais faites ailleurs. Nous proposerons des numéros tirés du cirque à l’ancienne, c’est notre marque de fabrique, en montrant les trois disciplines typiques de ce cirque : la liberté, la haute école et l’acrobatie équestre. Mes petits-enfants vont présenter pour la première fois des chevaux en liberté car vient le temps où je vais devoir passer ma chambrière... mais je la garderai encore quelques temps. Ma femme Gipsy se présentera en amazone, mes petits-enfants jongleront debout sur le dos de leurs chevaux. Un numéro qui m’impressionne  particulièrement : voir Charles et Alexandre jongler ainsi, regardant le ciel et non plus le cheval car il s’agit de regarder les massues pour les rattraper dans la bonne main au bon moment, alors qu’il faut gérer son équilibre sur le cheval, est une prouesse qui me met en extase. Il y aura aussi le numéro d’acrobatie à cheval où père, oncle et petits-fils sautent à cheval en s’entremêlant qui est un moment fort en émotions... notamment pour moi qui suis le papa des uns et le grand-père des autres.

Est-ce plus compliqué de se produire devant 7 000 spectateurs sur un tel espace que devant les 600 d’un chapiteau? Comment rétablir cette intimité, ce lien avec le public ?
En restant soi-même et en présentant bien ce que nous savons faire sur notre piste de 13 mètres. L’expérience que nous avons eue sur les précédents jumping a été positive et cela devrait en être de même à Bordeaux où le public est paraît-il excellent. »



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Journal Le Cheval n°306 du 14 Décembre


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