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La SFET redynamise l’élevage du cheval de trait


12/04/2018
    


La SFET semble avoir donné un nouveau souffle à l’élevage du cheval de trait. Expliquez-nous comment et pourquoi ?
« Sur le marché de la viande de cheval, la SFET a répondu à une demande qui émanait via l’UNIC d’un acheteur japonais qui depuis une quinzaine d’années voulait importer des poulains pour la consommation.

La SFET semble avoir donné un nouveau souffle à l’élevage du cheval de trait. Expliquez-nous comment et pourquoi ?


« Sur le marché de la viande de cheval, la SFET a répondu à une demande qui émanait via l’UNIC d’un acheteur japonais qui depuis une quinzaine d’années voulait importer des poulains pour la consommation. Personne n’avait été capable d’organiser ce marché. Nous avons profité du fait que la SFET est maintenant la maison-mère du cheval de travail et donc du cheval de trait pour répondre à ce marché. Nous avons donc créé Equid’ Export qui est dépendante de la SFET à 100 % mais qui reste une société commerciale qui nous permet d’opérer sur un marché avec les mêmes règles fiscales et sociales que tout marchand de chevaux. On a mis en place un système de regroupement de chevaux. On a aujourd’hui 8 centres d’allotement, de pré-quarantaine et de quarantaine en France et le dernier contrat signé nous amène à livrer au Japon 6 avions d’une centaine de chevaux chacun pour 2018. Nous sommes en train de négocier un contrat légèrement supérieur pour 2019 et 2020. Il portera sur environ 800 chevaux par an.


Le fait d’ouvrir ce marché a redonné de l’air à l’élevage des chevaux de trait. En effet, il faut savoir qu’on exporte toute la viande qu’on produit en France et on importe la plupart de la viande qu’on consomme. En fait il n’y a pas de marché en France pour la viande de cheval. Le cheval de trait était essentiellement exporté sur l’Italie et cette situation de quasi monopole des italiens sur notre production de viande de cheval tirait les prix vers le bas. Lorsqu’on a attaqué ce marché, le cours était entre 1,30 et 1,40 €, en baisse constante, avec comme conséquence un non-renouvellement progressif du cheptel. En 15 ans, la production est passée de 20 000 à 9 000 naissances. Depuis qu’on a ouvert ce marché japonais, le fait qu’il y ait une concurrence, le prix est remonté à 3 €. Nous avons réussi, en moins de 3 ans, à doubler le revenu des éleveurs. Et cela nous donne un peu de temps pour explorer et développer d’autres pistes avec le cheval de vigne, le cheval de débardage, le cheval de promenade.


On a repoussé le temps de la disparition programmée du cheval de trait pour pouvoir s’attaquer aux autres marchés et aux autres débouchés du cheval ».


C’est un renouveau pour le cheval de trait ?


« Oui. Et surtout, on a trouvé un avenir économique à cette filière. Produire du cheval de viande est devenu une activité rentable. A la SFET on gère aussi la filière ânes. On est aujourd’hui en grand démarrage autour de l’âne maraîcher, et notre souci autour de l’âne maraîcher ce n’est pas de trouver des maraîchers qui veulent utiliser l’âne, c’est de trouver des ânes à leur vendre. 


On est encore dans une phase un peu critique avec les 9 races de chevaux de trait. On ne peut pas dire qu’elles ne sont plus menacées, on peut dire qu’on a trouvé un débouché. La forte augmentation du prix a créé un effet d’aubaine, un effet d’aspiration par rapport à des éleveurs âgés qui décapitalisent au lieu d’investir et on a du mal à trouver de jeunes éleveurs qui investissent. Le prix de la génétique à fortement augmenté et ils ne savent pas si on est en haut d’une vague ou au pied d’une pyramide. C’est pour ça qu’on a mis en place un projet, qui sur les trois prochaines années va nous monopoliser 1 million d’euros : 200 000 € cette année, 400 000 en 2019 et 400 000 en 2020. La SFET va acheter 1 millier de poulinières qu’elle va donner en garde à de jeunes agriculteurs sur la thématique du pâturage mixte. A ces jeunes agriculteurs qui sont dans le bovin, la SFET va fournir cette jeune génétique pour qu’ils aient leur cheptel de départ pour aller dans l’équin sans investir. On prend à leur place le risque du maintien du cours actuel pour commercialiser leur production. Ce système va nous permettre de renouveler la génération d’éleveurs, de retravailler sur la pyramide des âges des éleveurs, de trouver de nouveaux éleveurs pour nos syndicats locaux, pour nos associations nationales de races. On croit très fort à ce renouveau-là mais aujourd’hui tout n’est pas gagné, on est en cours de chantier ».


Et d’où viennent ces fonds-là ?


« Ce sont des fonds propres de la SFET. A la création de la SFET en 2012, il a été décidé, décision courageuse, de baisser les primes des éleveurs et garder l’argent des différentes subventions pour donner à la SFET les moyens d’investir sur des projets d’avenir. C’est grâce à cela que nous pouvons mettre en œuvre ce type d’action novateur. On a aujourd’hui les moyens de l’ autofinancer grâce à ces « économies » faites sur les primes. La plus-value gagnée par les éleveurs suite à l’opération avec le Japon est de 7 millions d’euros. Dans un cas, celui du versement de primes, on est dans l’assistanat et sans fin parce qu’en fait on ne développe rien, dans l’autre cas, le nôtre, on est dans la vraie vie et dans l’économie, c’est-à-dire que l’argent des subventions nous sert comme levier pour créer quelque chose de neuf ».




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Journal Le Cheval n°303 du 5 Octobre 2018


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