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Immersion au cœur de l’élevage du Gué

Parfois les apparences sont trompeuses. A ne croiser Laetitia et Lillian qu'en concours, on ne peut imaginer l'ampleur de leur élevage. Car en fait, l'affixe du Gué c'est un cheptel de 150 chevaux de sport élevés entre deux flancs de collines à Bussières, non loin de Chambley, en Meurthe-et-Moselle. Vincy du Gué (Adelfos) qui vient de gagner les 3 ans mâles à Rosières en est un des plus récents fleurons. Photo 1 sur 4

Hier ancienne station de monte, le centre technique de Chambley-Bussières est aujourd'hui l'endroit où bat le cœur de l'élevage du Gué. « La rue principale de Bussières s'appelant « du Gué », mon père a décidé de donner cet affixe à son élevage », explique Lilian Richard, qui perpétue avec son frère Jérémy une entreprise initiée par leur père Gilbert il y a près de quarante ans. Pionnier pour ce qui est de l'amélioration génétique, fin connaisseur dans l'art des croisements, Gilbert fut un éleveur passionné, un juge respecté et longtemps président du syndicat de Meurthe-et-Moselle. Aux côtés des deux frères, il y a Laetitia Mailly, la cavalière. Après quatre années de formation chez Alain Fortin, elle est devenue le troisième maillon fort de la chaîne «du Gué».

Les têtes d'affiches ? Elles s'appellent Quattro, Scarlette, Sirkan ou encore Vincy, le 3 ans qui vient de remporter coup sur coup deux titres de champion, à Hurbache et à Rosières. Et qu'ils appartiennent encore où non à leurs naisseurs, ce sont ces chevaux qui portent haut les couleurs de cet élevage familial et moderne : « de l'équation de la génétique jusqu'à l'entrée en compétition, soit de 0 à 4 ans, c'est là que se situe notre savoir-faire », explique Lilian.

« 100 % made in Bussières »

Chaque éleveur a son secret, sa formule. Lilian lève une partie du voile. « Nous réduisons les coûts au maximum. Cela commence par l'insémination de nos trente poulinières à la maison. Puis le suivi s'effectue également à l'élevage tout comme le poulinage. Avec Laetitia, nous les préparons au débourrage, aux concours d'élevage et nous les amenons sur le circuit des jeunes chevaux, classique ou libre. Tout est fait maison, de la conception à la valorisation. C'est une réelle économie ».
Sur la reproduction, Lilian admet que la pépite de l'élevage c'est la toute bonne Clio de Sède (Le Tot de Semilly et Plaisante II par Héros de Cavron). Clio, acquise par Gilbert en 1997 à la faveur du premier plan lorrain d'amélioration génétique, appartenait alors à Philippe Curti, l'ancien président de l'ANSF. Gilbert ne s'était pas trompé sur les qualités de poulinière de cette jument. C'est la mère, entre autres, de Pin-Up (Quat'sous*Hn), Sirkan (Kannan) et Ultra Boy (Quaprice Boimargot Quincy*Quaprice). Pin-up qui est la mère de Scarlette (Quaprice Boimargot Quincy*Quaprice) et de Topless (Cabdula Du Tillard). Et devinez qui est la mère de Vincy, le crack des 3 ans lorrains? Scarlette, tout juste âgée de 6 ans cette année. « Nous avons une vingtaine de poulinières fixes. Plus une dizaine de juments de 2 et 3 ans que nous mettons à la reproduction chaque année. Car avant de vendre nos juments, on essaie d'avoir deux produits d'elles » expose Lilian.

Paillettes pour futures stars

Comment choisir les pères des trente futurs poulains ? « Comme on vend les chevaux avant leurs débuts sportifs, on doit être irréprochable dans les papiers » reconnaît l'éleveur. Un choix qui se porte donc généralement sur des chevaux à la mode et reconnus pour leurs qualités. « Nous essayons de faire des chevaux susceptibles de déclencher des coups de cœur : du chic, dans le sang et démonstratifs. C'est ça qui fait vendre ».
Ensuite vient le côté budgétaire des saillies. « On arrive à trouver un équilibre entre les jeunes étalons, financièrement intéressants et les étalons confirmés. Nous avons notamment de très bonnes relations avec le Haras du Bois Margot. Mais il est vrai qu'avec trente poulinières, il nous est facile de négocier les prix de saillie ». Une entente cordiale que Laetitia Bonnet, du Bois Margot, confirme :
« Lilian est un de nos fidèles éleveurs. Il nous a toujours fait confiance même sur nos jeunes chevaux. C'est ainsi qu'il a eu des poulains de Quaprice avec des prix de saillies trois fois moins chers qu'aujourd'hui! D'autre part, nous avons des valeurs d'élevage communes : nos pouliches poulinent tôt et nous recherchons les mêmes qualités physiques chez nos poulains. D'ailleurs certains des siens pourraient être intégrés aux nôtres sans y voir de différence ».

Tout se vend

« Tout se vend dès lors qu'on donne le juste prix mais un bon cheval se vend tout seul », commente Lilian, « Pour les autres, surtout les hongres, ou les chevaux moyens, nous les mettons en route et nous les vendons à 4 ans. Comptez alors entre 5 000€ et 15 000€ pour ce type de chevaux ». Généralement ce sont des licenciés de centres équestres de la région, dont les coachs connaissent l'élevage du Gué, qui viennent acheter ici. « D'ailleurs pour être sûr de répondre à cette demande, on n'hésite pas à acheter des chevaux en parallèle, histoire d'avoir une gamme d'équidés à vendre la plus étoffée possible », précise Lilian.
Produire et vendre, c'est cela le travail de l'éleveur. Et pour les Richard, pas question de collectionner les chevaux. « Même les très bonnes juments sont à vendre ». En effet, dans la mesure où elles font deux poulains avant leur entrée dans le sport, la génétique reste à l'élevage. Pour exemple, « C'est ainsi que nous avons vendu Scarlette à 4 ans, 30 000 €. Et ce, même si elle n'a eu le temps de faire qu'un seul poulain (Vincy). Elle a été à nouveau vendue à Michel Hécart avant que Jan Tops ne l'achète », raconte l'éleveur.
«  Quant aux mâles qui restent entiers, environ 2/10, on tente de les faire agréer étalons, ainsi le prix de vente est plus intéressant ». Mais, pour l'instant, l'élevage du Gué ne souhaite pas en garder à la maison : « C'est beaucoup de contraintes supplémentaires », estiment Laetitia et Lilian.

Rentrez dans le capital

Un peu comme à la bourse, il est possible d'entrer dans le capital d'un cheval. « A condition qu'il y ait une belle histoire humaine, nous proposons à certaines personnes d'acheter des parts. C'est ce qu'on a fait pour Vincy, justement. Nous l'avons vendu à Antoine Henn mais nous comptons le garder à 4 et 5 ans pour le mettre, si tout va bien, à 6 ans chez Simon Delestre », donne en exemple Lilian. D'ici là, ils tenteront de le faire approuver étalon. Ce qui, au regard de la qualificative de Rosières, ne semble pas une utopie...
Partager un cheval, voilà la solution que les éleveurs du Gué pratiquent régulièrement : « Cela permet d'avoir une rentrée financière, généralement entre 5 et 10 000€, tout en nous permettant de le faire vieillir », explique l'éleveur. « Pour les mâles, un entier de 1 an est déjà vendu pour moitié à Olivier Normand, éleveur ardennais mais surtout un partenaire de longue date de l'élevage. Pour les juments, c'est plus délicat car il y a la question de la descendance. Toutefois, nous sommes en pourparlers pour une », concède Lilian.

 Alix Thomas

25/05/2012

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